Un silence imposé
Journaliste russe et grand reporter pour « Novaïa Gazeta », Anna Politkovskaïa a débuté sa carrière au journal « Izvestia » et a entrepris pendant plusieurs années un travail d’enquêtes sur les agissements de l’armée en Tchétchénie. Son point de vue critique sur le régime de Kadyrov et envers le pouvoir sous la présidence de Vladimir Poutine a été particulièrement virulent.
Malgré les menaces sans cesse renouvelées sur sa personne et ses enfants, elle a continué à dénoncer les crimes et les exactions dont elle était témoin. Anna Politkovskaïa a été assassinée le 7 octobre 2006 à Moscou, jour de l’anniversaire du chef de l’Etat Vladimir Poutine. Son corps a été découvert dans la cage d’escalier, devant l’ascenseur de son immeuble, dans le centre de Moscou. Un pistolet et quatre balles ont été retrouvés à ses côtés. Anna Politkovskaïa, mère de deux enfants (une fille, Vera, et un garçon, Ilia), avait dénoncé à plusieurs reprises les violations des droits de l’Homme dont se rendaient coupables les forces fédérales en Tchétchénie, ainsi que la milice de Ramzan Kadyrov. C’est une voisine qui a découvert son corps dans l’ascenseur de son immeuble samedi 7 octobre à 17 h 10. Les policiers ont retrouvé dans l’ascenseur un pistolet Makarov 9 mm et quatre douilles. Anna Politkovskaïa est la 21e journaliste assassinée en Russie depuis l’élection de Vladimir Poutine en 2000. Anna Politkovskaïa, repose désormais au cimetière de Troïkourovskoïe à Moscou.
Un hymne à la détermination
Refusant de cautionner un silence imposé par la force des armes, Jean-Jacques Greneau fait raisonner la voix d’Anna Politkoskaïa avec une douceur amère et une angoisse tout en demie-teinte. Il égrène un chapelet de mots qui conduisent Anna jusqu’à sa fin en maîtrisant un sens de la nuance assez étonnant. Le champ lexical auquel a recours l’auteur, esquisse un paysage sonore dans lequel la peur et la véracité demeurent les maîtres mots. Il ose, sans jamais verser dans le pathos, offrir à son personnage, la pudeur et l’élégance du verbe qui ne font que suggérer une situation cruellement sordide. Jamais l’auteur ne doute de la droiture et de l’acharnement d’Anna à dire la vérité. Son œuvre pourrait figurer en frontispice à l’entrée du Kremlin, afin qu’une Russie consciente, retrouve un jour son honneur.
La mise en scène pratique une économie de moyens totalement justifiée car le texte se suffit à lui-même et l’essentiel du travail revient à l’acteur qui porte la lourde responsabilité d’endosser un personnage dont la détermination, le courage et la peur constituent un enjeu dramatique de taille. Un bureau sur lequel repose un ordinateur, un téléphone et quelques papiers, est situé au centre de la scène au fond de laquelle on aperçoit une table jonchée de verres vides à côté desquels est placée une carafe d’eau. Un hymne national russe retentissant, les quelques fausses notes de la voisine qui s’exerce au violon composent le paysage sonore de l’espace scénographique. Une lumière douce pénètre l’intérieur d’Anna, apportant une note d’espoir dans les moments les plus angoissants de la pièce. Katy Grandi interprète une Anna Politkoskaïa poignante et sincère avec une générosité absolue. Mais elle incarne la peur qui éprouve son personnage de manière trop systématique, observant cette attitude comme seule ligne de conduite de son interprétation. Ce jeu limité, appauvrit la richesse du texte et contribue largement à en étouffer toute la subtilité. La comédienne, hésitante, cherche des émotions qui restent toujours en surface d’un flot de paroles livrées à la hâte et exagérément timbrées par des inflexions qui trahissent un manque de maîtrise d’une interprétation trop linéaire. Une attitude corporelle convenue relève d’une interprétation trop prévisible qui frôle l’amateurisme. Jean-Jacques Greneau nous offre pour le moins un texte puissant et à la gloire d’une femme touchante et déterminée.
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Moi, Anna Politkoskaïa
De Jean-Jacques Greneau
Mise en scène Katy Grandi
Avec Katy Grandi
Lumières Bertrand Rascle
Du 27 mai au 17 juin 2009
Du mercredi au samedi à 20h30 – Dimanche à 16h00
Théâtre de l’Epée de Bois
Route du Champ de Manœuvre, 75012 Paris
http://www.epeedebois.com/
Réservations : 01 48 08 39 74
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