Des repris de justesse
Guy-Pierre Couleau ouvre le diptyque d’un théâtre engagé en montant successivement « Les Mains sales » et « Les Justes » au Théâtre de l’Athénée, proposant un écho singulier aux déflagrations de notre temps. Il explore l’engagement littéraire de deux auteurs que tout oppose mais dont les pièces se croisent, se répliquent, s’affrontent dans une étonnante gémellité.
À Moscou, en 1905, un groupe de révolutionnaires socialistes projettent d’assassiner le Grand Duc Serge, qui règne en despote afin de lutter contre la tyrannie exercée sur eux. Kaliayev, jeune terroriste lancera la bombe. Chacun a son rôle, Dora a celui de rester en arrière mais elle a tout de même pris des risques en élaborant les bombes servant à l’attentat. Kaliayev sera emprisonné, la Grande Duchesse lui proposera d’être gracié, il refusera et sera pendu. Dora s’apprêtera à faire le prochain attentat et pourra ainsi rejoindre Kaliayev.
La pièce d’Albert Camus s’inspire d’événements réels qui se déroulent en 1905, lorsque le groupe terroriste des révolutionnaires sociaux commet un attentat sur le grand-duc russe. L’auteur met en scène la résistance et la révolte dans tous leurs paradoxes. Rêvant d’un monde meilleur et juste, les révolutionnaires n’inventent que le meurtre et le sacrifice pour atteindre leur idéal. Dévoués corps et âmes à la tâche qu’ils doivent accomplir, ils tuent et se tuent pour que d’autres vivent dans une sombre désespérance. Recourant à une écriture d’une pureté inégalable, Camus explore la complexité de ce combat, les doutes de « l’homme révolté », ses oscillations entre dévouement et honneur et par là-même les limites de la justice.
Les Justes manquent de justesse
Dans un décor dont la sobriété est poussée à l’extrême, Guy-Pierre Couleau place les rouages de la révolution au cœur de ses contradictions. Des personnages plantés comme des piquets de grève, signifient la désespérance, l’angoisse et la peur que génère la préparation d’un attentat, le désir affranchi de toutes règles de libérer les victimes de la dictature. Un plancher de bois, sur lequel reposent des pans de murs amovibles, trace le sillon de la détermination politique et des affrontements qu’elle suscite. Une économie de gestes, une émotion en suspens et des déplacements trop prévisibles constituent la recette scénique de Pierre-Guy Couleau qui utilise les ficelles du métier pour donner une dimension réfléchie à sa mise en scène. Deux chaises fonctionnent comme le symbole d’une attente partagée et d’une inquiétude de groupe, offrant davantage de légitimité à une scénographie trop facilement lisible. Les comédiens souffrent d’un manque à gagner en libérant une parole figée dans des corps inexpressifs.
L’interprétation est inégale et les tensions dramatiques sont rares surtout lorsque les acteurs peinent à trouver une justesse que l’on consent enfin à entendre au moment où retentit la dernière réplique. Les productions se suivent mais ne se ressemblent pas, le projet de monter Sartre et Camus successivement est ambitieux mais n’atteint qu’une partie de ses objectifs. Alors que les comédiens brillaient dans « Les Mains sales » on les retrouve, pour la plupart, éteints dans « Les Justes ». Détachée, gouailleuse et fausse, Anne Le Guernec (Dora Doulebov) manque cruellement de flamme. Flore Lefebvre des Noëttes (La Grande Duchesse) énonce ses quelques répliques avec conviction mais sans plus tandis que Frédéric Cherboeuf (Ivan Kaliayev) enchaîne avec toujours plus de passion la puissance des mots dont il se fait l’écho. Nils Ohlund, malgré la faible importance de son rôle est juste, sincère et tout simplement excellent.
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Les Justes
D’Albert Camus
Mise en scène : Guy-Pierre Couleau
Avec Gauthier Baillot, Frédéric Cherboeuf, Xavier Chevereau, Michel Fouquet, François Kergoulay, Flore Lefebvre des Noëttes, Anne Le Guernec, Nils Ohlund
Scénographie : Raymond Sarti
Costumes : Laurianne Scimemi
Lumières : Laurent Schneegans
Son : Anita Praz
Du 3 juin au 6 juin 2009
Théâtre de l’Athénée Louis Jouvet
7 rue Bourdeau, 75009 Paris
http://www.athenee-theatre.com/
Réservations 01 53 05 19 19
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