L’éveil des sens
L’adolescence… ce moment si crucial ou tout se découvre, se forge, se transforme, ou les interdits naissent, où l’on ressent les premiers émois, l’éveil des sens charnels et la combinaison que l’on en fait pour passer à la vie d’adulte. C’est avec une belle et émouvante écriture, que Frank Wedekind a traitée ce thème écrit en 1890.
A l’époque, représenter cette pièce fut un vrai combat pour l’auteur, tant elle était jugée violement anti-bourgeoise et immorale. L’Allemagne était encore loin d’être le pays des libertés, et Wedekind était un persécuté né. Il dressait alors le portrait d’une société puritaine, encrée dans des principes éducatifs réactionnaires. Dérangeant pour la bonne société allemande… Ce n’est seulement qu’en 1906, qu’elle vue le jour pour la première fois. Aujourd’hui, la pièce résonne comme une vérité dérangeante, et la censure n’existe plus. Tant mieux ! C’est une pièce forte, et il ne faut pas s’en priver. Il est bon de trouver des metteurs en scène talentueux pour lui redonner vie, un siècle plus tard.
Transgression réussie
Cinq adolescents… Melchior, Wenders, Ilse, Moritz, Hans, sont de jeunes adolescents éduqués dans un carcan des plus conventionnel, les empêchant d’éveiller leurs sens. Les adultes trichent, mentent sur le monde qui les entoure, tout leur ait cachés parce que tabou. On leur invente des histoires de cigogne, on leur défend de vivre leur première expérience. On les prive de leur rêve et de leur soif de découverte, on leur impose Faust et l’arithmétique, un système déroutant et dangereux. Et c’est ainsi que naît leur souffrance, parce que les corps parlent et finissent indéniablement par gronder. Leur conscience grandit, et personne ne peut s’y opposer. Elle développe chez certains, révolte ou douceur, mais elle les fait exister. Parfois dans la mort, parfois dans la vie. Pourquoi faut-il briser les étreintes de nos enfants ? Telle est la question que pose l’auteur… Seul sont responsables les adultes qui oublient eux-mêmes qu’ils furent des enfants.
Se confronter à « l’Eveil du printemps », est un travail délicat et fantastique à la fois.
C’est une troupe d’acteurs remarquables qui s’emparent de ces jeunes personnes. Ils sont à peine plus grands que leurs rôles, du moins c’est l’impression qui s’en dégage, et ils les portent à bout de bras. Un à un la poésie des mots exultent de leur voix, et de leur corps. Florian Pautasso est un Melchior époustouflant de fragilité, et tous, sont dans une gravité chavirante. L’adaptation et la mise en scène de Marion Chobert sont intelligentes, belles et originales. De deux rochers perdus au milieu de la scène, d’une jeune fille qui se meurt en direct sous nos yeux, d’une poignée de talc qui s’envole et symbolise le rêve ou le désir, tout vous emmène dans le voyage de la tragédie enfantine. C’est un plaisir que de voir ces acteurs se fondrent dans ce décor tout de blanc entouré. Il faut souhaiter à cette troupe, la longévité de cette aventure théâtrale. L’adolescence gagne la partie, même si elle laisse des traces indélébiles. Le printemps se meurt un jour ou l’autre, et naît alors toutes les saisons de l’existence. Il est dans ce spectacle fort bien exprimé.
L’éveil du printemps
De Frank WEDEKIND
Par la Compagnie APRES NOUS, LE DELUGE !
Mise en scène et adaptation : Marion CHOBERT
Avec : Stéphanie Aflalo, Benoit Antonin Denis, Emma Gamet,
Mathilde Moulinat, Florian Pautasso, Sophie Gajan, Romain Pichard
Jusqu’au 5 juillet
Du jeudi au samedi à 19h et le dimanche à 15h
A la Folie théâtre
6 rue de la Folie Méricourt, 75011 Paris
http://www.folietheatre.com/
Réservations : Tél.: 01 43 55 14 80