Espace vide et corps plein
Le décor est simple. Epuré. L’espace nu. Epuré aussi. Deux hommes en face de nous. L’un avec un pied bot. L’autre aveugle. Marcello Magni et Khalifa Natour. C’est le dialogue. Impossible. Ou presque. Peu importe. Ils cohabitent. Ou semble cohabiter. Dans une relation où le proche et le lointain semblent vouloir s’embrasser. A la limite de la compréhension de l’un. Et de l’incompréhension de l’autre. Un décalage entre ces deux hommes. Un dialogue boiteux mais à force de boiter, ils finissent par s’emboiter.
Puis la magnifique Hayley Carmichaella entre sur scène. Tout en émotion. Nous conter une berceuse. Une petite berceuse. Sur son rocking chair. Avec une sensibilité à fleur de peau. L’œil large. Le regard presque apeuré. Profond. Tout en sensibilité. On la retrouve plus loin dans des va et vient. Avec la même sensibilité. La même émotion. Superbe.
Et puis, nos deux comédiens, sont camouflés dans deux sacs identiques. Comme symbolisant le ventre de la création. Et un costume plié et déplié à l’extérieur. Et, Marcello Magni et Khalifa Natour, sortent à tour de rôle dans leur sac. Pour s’habiller de ce même costume. Mais l’un de façon grognon. Très. L’autre de façon heureuse. Très aussi. Ils sont dans le même costume mais habillés différemment. L’habit ne fait pas le moine. Là, nul dialogue. Tout est jeu. Et proposition. Un régal. Et beaucoup d’humour.
Comédie et comédiens d’exception
Puis nos trois comédiens sont sur un banc. A attendre. Habillés en trois personnes âgées. Des vieilles. Dont deux à barbe. Magnifique. Peu de mots. Tout est dans le corps. Les expressions. Les attitudes. Ce sont trois commères. Mais des commères qui susurrent, murmurent. Un commérage sournois. Comique. Très comique.
Un très beau spectacle où le corps reste encore le langage universel du théâtre de Brook. Décor. Lumière. Espace. Epurés. Le théâtre reste corporel. Comme si le mot l’accompagnait.
Tout est dans la suggestion. Dans le non dit. Le dit est là pour cacher le non dit. Et Brook nous le montre avec des comédiens d’exception. L’autre envers de la communication. Les mots qui se laissent trahir par des mouvements. Des gestes. Des attitudes. Un espace vide. On en ressort plein. Plein d’étoiles.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"]
Fragments
De Beckett
Mise en scène : Peter Brook
Collaboration artistique : Marie-Hélène Estienne
Avec Hayley Carmichael, Marcello Magni, Khalifa Natour
Lumière : Philippe Vialatte
Jusqu’au 20 juin
Du mardi au vendredi à 20h30, samedi à 15h30 et à 20h30
Théâtre des Bouffes du Nord
37 boulevard de la Chapelle, 75010 Paris
http://www.bouffesdunord.com/
Réservations : 01 46 07 34 50
[/slider]












Pas de commentaire pour l'instant