Une histoire du temps qui passe

« Au vingtième siècle le sexe a pris une grande importance en Europe et peu à peu il est devenu plus important que la religion […] et les hommes s’enduisaient le membre viril de cocaïne pour prolonger leur érection. » une histoire par le petit bout de la lorgnette ou plus événementielle, une épopée improbable à travers les dix dernières décennies transgresse les règles de la chronologie, éprouve l’étanchéité des frontières en faisant raisonner les 151 pages d’un vrai faux livre d’histoire européenne au service d’un spectacle entièrement musical.

Les lieux communs s’enchaînent, les choses vues, entendues, rapportées sont enfilées comme autant de perles rares sur le fil du temps avec une naïveté apparente qui nie, d’entrée de jeu, l’interprétation d’une fresque historique passionnée, d’un réalisme outrancier. « Les Américains qui ont débarqué en 1944 en Normandie étaient de vrais gaillards, ils mesuraient en moyenne 1m73 et si on avait pu les ranger bout à bout, plante des pieds contre crâne, ils auraient mesuré 38 kilomètres. » Ineptie tout à fait irrésistible, le statut de la preuve en histoire est mis à mal par une succession de faits relatés de manière anarchique nourrissant un cours d’histoire atypique oscillant entre loufoquerie par excès d’objectivité et terreur d’une mémoire collective qui porte les stigmates de l’horreur du passé. Entre l’extermination du peuple arménien et l’invention de la Barbie, l’histoire pratique le grand écart et en musique afin de poser la question essentielle du sens de l’histoire dans un récit qui n’en a pas, tout comme notre société qui continue à faire de l’histoire sans jamais songer, comme se plaisait à dire Marc Bloch que « C’est à la lumière du présent que l’on éclaire le passé ».

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La reproduction de schémas demeure inéluctable et s’inscrit dans un mouvement hélicoïdal qui continue à ventiler une quantité impressionnante de faits qui servent de leçons d’histoire et non de leçons à l’histoire. Europeana est un « concert dramatique » dont la partition originale composée par trois musiciens est le fil directeur du récit collectif qui s’élabore sur scène. Le spectacle cueille les déflagrations d’un siècle écoulé afin de mieux s’approprier le sens d’une histoire qui relève d’une tentative contemporaine de saisir l’histoire européenne. L’émancipation de la femme, le rapport à la toilette, les deux guerres mondiales, le bug du millénaire, les sectes apocalyptiques etc… sont autant de faits qui éprouvent la porosité du terrain historique sur lequel se sont déroulés ces événements car ils sont racontés de manière singulière et totalement inattendue. Adieu Malet et Isaac, Bernstein et Milza, la composition est d’une autre mouture celle de la poésie loufoque et étonnamment surprenante.

« Maréchal, nous voilà […] du passé faisons table rase »
Faire tenir toute l’histoire du XXe siècle en 151 pages, tel est le pari audacieux de Patrick Ourednik qui jongle avec les événements de manière spectaculaire. Il propose une compilation de faits plus ou moins marquants en suscitant de nombreuses interrogations sur la vérité historique et par conséquent sa place dans les représentations collectives. Ainsi, s’amorce un long voyage loufoque à travers l’Europe du XXe siècle, qui emprunte des terrains non balisés afin de mettre à jour toute la difficulté de s’interroger sur la vérité d’un siècle tout juste passé. Les frontières entre la fiction, la prose, l’essai et la poésie sont bouleversées par une énonciation faussement naïve de faits avérés dont l’auteur s’empare pour faire œuvre poétique du temps qui passe.

Une batterie, une basse, des trompettes et un piano plantent le décor musical de cette folle épopée et la nourrissent de notes aussi surprenantes que séduisantes. Trois plateaux tournants, éclairés par des lampes suspendues, entraînent trois comédiennes dans la ronde infernale d’une histoire improbable. Trois musiciens, passant d’un instrument à un autre, pénètrent avec rythme les couloirs de l’histoire. Un portant sur lequel reposent trois robes et trois perruques blondes, contribue à mettre en scène les coulisses de l’histoire. Trois voix féminines, aux accents faussement naïfs, libèrent les événements du siècle passé par fulgurance, au rythme cadencé des productions musicales qui s’inscrivent magistralement dans l’univers poétique de Patrick Ourednik. Une distribution jeune et passionnée pour un spectacle d’exception, s’approprie avec une élégance exceptionnelle une partition atypique qui fera école. Le texte de Patrick Ourednik est publié aux Editions Allia.

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Europeana
Une brève histoire du XXe siècle
D’après Patrick Ourednik
Mise en scène Myriam Marzouki
Avec Alice Benoit, Charline Grand, Clémence Léauté et les musiciens Stanislas Grimbert, Nicolas Laferrerie, Emilien Pottier
Scénographie Bénédicte Jolys
Lumières Ronan Cahoreau-Gallier
Costumes Laure Mahéo

Du 3 au 28 juin 2009
Du mercredi au samedi à 21h00 et le dimanche à 17h00

Maison de la Poésie
157 rue Saint-Martin, 75003 Paris
http://www.maisondelapoesieparis.com/
Réservations : 01 44 54 53 00
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