Lorsqu’un comédien soulève une peau…
Pour évoquer un début, il nous faut remonter presque 20 ans. C’est en 1991, au théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis puis au festival d’Avignon, que le metteur en scène Jan Ritsema a monté pour la première fois le récit du néerlandais Peter Verburgt sur le philosophe Ludwig Wittgenstein(1889-1951). Seul en scène, le comédien belge Johan Leysen, rendra compte du cheminement intellectuel du philosophe. Face à des amis, élèves et camarades philosophes réunis, nous assisterons au processus de création d’idées et connaîtrons la douleur liée à cette recherche.
Le thème central sera la croyance, ce qui se met en œuvre dans l’esprit de l’homme qui affirme : « je crois ». Le spectacle propose, en postulat, de donner à voir et entendre trois cours de ce philosophe singulier pour qui la parole était le principal moyen de fabrication d’idées. Pour le spectateur, le mot « incorporated » qui titre la pièce, évoque que le comédien va littéralement « s’unir », « faire corps » avec le personnage représenté. On suppose que le discours y sera tenu à la première personne. Et pourtant le récit chemine entre une parole directe et indirecte. C’est entre le « je » et le « il » que le comédien se met plus ou moins à distance.
Philosophie dans le boudoir…
Et nous voici face à un acteur qui met le poids nécessaire dans chaque mot du philosophe, ce dernier concentré, le plus souvent dans une grande tension intellectuelle. Mais c’est aussi dans chacune de ses phrases, dans chaque mot de son texte que l’acteur donne un poids. C’est d’une grande beauté, pour nous spectateurs, d’avoir alors l’occasion de contempler l’acteur en travail. Les pensées de Wittgenstein ne se construisent pas, elles se « déroulent ». Il en est de même pour le jeu de Johan Leysen, dont la tension ressemble à celle du personnage tout en conservant sa propre tension d’homme.
Il s’applique alors à reprendre certaines phrases qui ne lui semblaient pas suffisamment pesées et s’excuse parfois lorsque des mots s’avèrent trop écorchés par son accent. Le fond peut sembler parfois difficile à suivre. Mais on s’applique à nous le transmettre, on s’applique sur chaque mot, sur chaque geste. C’est avec soin que cette pièce nous dessine un homme. Et, la pensée du spectateur, cette pensée en travail s’autorise alors à se perdre, puis à s’accrocher à nouveau. Au sortir de la salle, nos mains se sont emplies de quelque chose.
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Wittgenstein Incorporated
De Peter Verburgt
Mise en scène de Jan Ritsema
Avec Johan Leysen.
Du 12 au 30 mai
Lundi, Mardi, Vendredi, Samedi à 20h, Jeudi à 19h.
Théâtre de la Cité Internationale.
17, boulevard Jourdan, 75014 Paris
http://www.theatredelacite.com/
Réservations : 01.43.13.50.50
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