Odja Llorca est comédienne. Elle participe dès son enfance aux spectacles de son père Denis et intègre le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique en 1994 où elle crée un tour de chant sur Georges Brassens. A partir de là, le chant se posera en parallèle de son métier d’actrice. Ainsi, elle travaille avec Claudia Staviski, Olivier Bunel, Laurent Pelly, Denis Llorca, Lukas Hemleb, Isabelle Ronayette, Bernard Levy, Gérard Watkins sur deux de ses créations, Michel Raskine, Laurent Fréchuret, Anne Torrès, Sarah Llorca… Elle participe comme lectrice-actrice au Festival de la Mousson d’Eté depuis 1998 et a créé en 2003 « Carline d’Acanthe » sur des textes d’Emmanuel Faventines et des musiques de Matthieu Dersy. Odja Llorca interprète « Je suis un petit pachyderme de sexe féminin » avec un talent exceptionnel à la Maison de la Poésie en avril 2009 sous la direction de Claude Guerre.

Connaissiez-vous Colette Magny ?
« Non, je ne la connaissais pas, mais Colette Magny accompagne Claude Guerre depuis des années et avant qu’il ne soit nommé à la Maison de la Poésie, il me parlait déjà de son projet de spectacle sur la Magny. Le fait que j’interprète le répertoire de cette chanteuse alors que je n’appartiens pas à la génération qui l’écoutait m’enchante et me réjouis. J’aime son univers sincère, franc et honnête qui s’oppose à la société d’aujourd’hui qui ne pratique que le second degré, le politiquement correct sans grand intérêt. Je me dis que d’autres que moi ont peut être besoin d’entendre quelque chose d’engagé. J’ai abordé le personnage de Colette Magny sans aucunes images préconçues et c’est ce qui m’a permis d’y apporter ma propre sensibilité. Je n’incarne pas la Magny mais son répertoire. Ce spectacle ressemble vraiment à nous trois : Claude Guerre qui en est le dépositaire, et nous, Dominique et moi qui le prenons en charge. »

Avez-vous effectué un travail de recherche et d’écoute des chansons de Colette Magny avant de mettre en route le projet de spectacle que vous donnez aujourd’hui ?
« On a surtout beaucoup écouté Colette Magny. Depuis deux ans, avec Claude Guerre, nous avons procédé à des sélections qui nous semblaient être représentatives de nos envies et musicalement réalisables pour moi. Nous avons aussi fait des choix en fonction de ce que disent et racontent les textes en respectant les envies des uns et des autres. Claude Guerre constitue en quelque sorte la mémoire vivante de la Magny et nous a raconté beaucoup d’histoires concernant le personnage. Mais en tant que comédienne, je suis une sensitive, donc j’ai lu quelques textes sur la Magny mais n’ai pas effectué un travail biographique poussé.
Le choix des chansons a pris deux ans. Nous nous sommes vus régulièrement pour échanger nos idées à propos des morceaux sélectionnés, puis des grands temps de pause nous ont permis de revenir sur nos choix car nous redécouvrions à chaque rencontre les compositions de la Magny. L’avantage de travailler sur des temps longs c’est d’avoir le temps de s’approprier les choses et de pouvoir faire des choix sans aucunes certitudes. Tout peut changer car nos envies évoluent. De plus, je suis une diseuse de mots, donc ces deux années de travail m’ont permis de m’approprier la musicalité des textes choisis. J’ai de plus en plus de plaisir à chanter dans un style de répertoire qui correspond à ma sensibilité. Je chante comme une chanteuse réaliste où l’envol musical se fait avec les mots, la narration ce qui donne de la consistance dramaturgique à la composition. La musique permet d’être dans une émotion forte et immédiate tant pour celui qui l’envoie que pour celui qui la reçoit. »

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Qu’est-ce qui vous a séduit chez Colette Magny ?
« J’ai été séduite par son répertoire, par la puissante humanité que dégagent ses chansons. Mais une fois de plus, je répète que je n’interprète pas le personnage de la chanteuse mais son répertoire. Je n’ai pas son histoire, je n’ai pas sa voix, je ne suis pas inscrite dans un mouvement politique particulier. Tout son univers me parle en tant qu’être humain et j’essaye de le faire résonner dans ma vie, mais je suis loin de tout ce qu’a pu faire Colette Magny et en cela je ne souhaite pas incarner le personnage, ce serait un exercice trop fastidieux. La Magny est très présente pendant tout le spectacle mais j’apporte au public une interprétation de son répertoire avec mon propre ressenti par rapport à ce que j’ai envie d’entendre et de dire. »

Que pensez vous de l’engagement artistique et politique de Colette Magny ?
« J’ai une empathie totale pour son engagement, mais encore une fois je n’ai pas d’engagement politique semblable à celui de la Magny. Nous vivons dans une société très individualiste dans laquelle on peut observer une perte de vitesse des syndicats par exemple. Il donc difficile de faire état d’un réel engagement de la part de la population lorsqu’il s’agit d’évoquer la coopération comme le dit la Magny dans l’une de ses chansons. Cependant, j’aurai été de la même génération que la Magny, je pense que nous nous serions retrouvés dans les mêmes endroits. Nous sommes aujourd’hui dans un telle démarche corporatiste lorsqu’il s’agit de revendiquer des choses, que j’ai tendance à m’inscrire dans une démarche plus globale de revendication. »

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Comment avez-vous abordé le personnage de Colette Magny lors des répétitions ?
« Mais il n’y a pas de personnage ! J’ai abordé une chanson après l’autre, puis Claude y a apporté sa touche personnelle pour faire de ce projet un spectacle, un tour de chant. Tout ce qui se trame autour du spectacle fait que Colette Magny existe, mais ce personnage, je ne le prends pas du tout en charge. »

Quelles ont été les difficultés pour interpréter les chansons de Colette Magny pendant les répétitions ?
« Elles ont été nombreuses. Tout d’abord, des difficultés techniques personnelles qui me faisaient douter de mes capacités vocales. Celles aussi liées à mon métier de comédienne dont il fallait que je m’émancipe afin d’aller davantage vers celui de chanteuse, d’interprète d’un répertoire. L’hommage qu’on a souhaité rendre à la Magny c’est justement de montrer, enfin de faire entendre que tout cela elle le chante. En revanche, ce que j’ai apporté à ce répertoire, c’est la puissance des mots qui sont devenus premiers sur la musique, ce qui n’était pas forcément son cas. Ce qui constitue ma force, ma légitimité dans ce spectacle, c’est aussi d’être dans l’interprétation des mots et non dans le chant absolu, car je n’ai vraiment pas sa voix et ce n’est pas mon objectif. L’idée reste celle de livrer une parole avec le plus d’honnêteté possible. Mais c’est un spectacle extrêmement riche, joyeux et amoureux sur lequel on travaille. »

Avez-vous procédez à des modifications du spectacle après les représentations ?
« Chaque modification participe d’un échange entre les membres de l’équipe artistique qui évoquent leurs idées, leurs envies et apportent un regard sur le spectacle. Grâce aux retours positifs du public, notre travail prend une dimension autre et nous permet de trouver encore plus de légitimité à interpréter le répertoire de Colette Magny. »

Quel est votre point de vue sur la femme que représente Colette Magny ?
« C’est une image puissante qui m’intimide, c’est très fort et cela me fait parfois douter. J’embrasse un répertoire énorme d’une grande personnalité qui m’impressionne, en effet. Mais c’est riche et très excitant de mener cette aventure. Maintenant, je ne revendique rien au nom de la femme en tant qu’artiste et personnalité connue du public par ses chansons et son engagement, en revanche je revendique pleins de choses sur ce que je suis en tant que femme, mes choix, mes envies. Mais cela n’engage que moi et j’ai beaucoup de mal à penser avoir raison pour les autres. Les revendications féminines qui consistent à se situer au même niveau que l’homme est un débat encore récent et il continue à se nourrir des changements que la société nous imposent. Mais je n’ai pas un esprit revanchard ni aigre qui consisterait à reprocher à l’homme d’être ce que je suis. Je revendique ma place en tant qu’être, artiste, femme vivant dans une société en perpétuelle évolution. »

Odja Llorca est actuellement en tournée pour « Je suis un petit pachyderme de sexe féminin ».