Alliance mortuaire
Le Théâtre du Lierre invite le verbe de Lorca dans une mise en scène dansée et colorée. On s’apprête à célébrer les noces d’un jeune homme. Il est jeune, pur, confiant dans l’avenir, amoureux. Fiancé à une belle jeune fille du village. On est en Andalousie, on pourrait être ailleurs, dans quelque terre aride et rurale où les hommes et les femmes sont rudes des labeurs des champs.
Dès la première scène, une ombre est portée. On apprend de la mère du jeune homme que trois ans plus tôt, des fiançailles unissant la promise à un certain Léonard ont été rompues ; une histoire d’amour avortée qui hante les cœurs, tel un mauvais esprit venant contrecarrer les vœux d’engagement nouveaux. Amants malheureux, orgueil maternel, loi de l’honneur : les conditions d’un engrenage tragique sont rassemblées, qui vont mener aux désastre ceux qui croient pouvoir, de leur raison, diriger leur vie.
Noces de sang met en scène un drame dont les protagonistes, le voyant se profiler, luttent contre sa réalisation, longtemps et résolument, avant de se laisser submerger : le soir du mariage, la jeune épousée et Léonard s’enfuient ensemble. Honte, haine, nécessité de vengeance entraînent le marié d’un jour et ses convives dans une traque à l’homme funeste à travers les bois obscurs et enchantés. Les deux rivaux s’entretuent ; la jeune fille, robe virginale ensanglantée, se présente à la Mère pour recevoir son châtiment.
Un os dans les noces
La pièce de Federico Garcia Lorca est envoûtante ; elle tient de ces drames universels où des forces supérieures et incomprises tracent le destin des hommes. Mais on pourra regretter une mise en scène parfois caricaturale. Si l’on trouve dans le travail de Farid Paya l’amour des danses, de la musique et des corps, si les comédiens témoignent d’une énergie bien réelle, l’ensemble peine à soulever l’émotion. La formalisation excessive de la mise en scène restreint la force du texte du poète espagnol. Ainsi, le premier acte se joue sur des tréteaux, évocation intéressante de l’univers de Lorca et de son attachement particulier au théâtre de rue, populaire et libre. Les comédiens, à chaque entrée et sortie sur les planches, revêtent ou quittent ostensiblement leur incarnation. Ce choix délibéré de signifier l’artifice de l’art théâtral et la délimitation d’un espace de jeu convainc peu ; excessif, il semble plus relever de l’exercice de style répétitif que d’une identité dramaturgique authentique.
Dans le deuxième acte, l’espace scénique s’agrandit ; les tréteaux deviennent table de noces. Mais là encore, malgré une énergie déployée à créer l’ambiguïté d’une atmosphère tout à la fois festive et annonciatrice de sombres évènements, l’ivresse paraît factice, les danses forcées et les chants parfois poussifs. On relèvera cependant la belle performance d’Antonia Bosco, époustouflante dans le rôle de la mère. Une mise en scène finalement inégale, qui laisse le regret d’avoir assisté à un spectacle aux qualités certaines, mais dont les excès masquent l’austérité et le sensualité du texte de Lorca.
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Noces de sang
De Federico Garcia Lorca
Mise en scène de Farid Paya
Avec Aloual, Antonia Bosco, Guillaume Caubel, Isabelle Chevallier, Marion Denys, Rosaline Deslauriers, Yanis Desroc, Sonia Erhard, Patrice Gallet, Marc Lauras, Martine Midoux, Sowila Taïbi, David Weiss
Du 29 avril au 17 mai,
Mercredi et samedi à 20 h 30, jeudi et vendredi à 19 h 30, dimanche à 15 h
Théâtre du Lierre
22, rue du Chevaleret – 75013 Paris
http://www.letheatredulierre.com
Réservations : 01 45 86 55 83
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Je viens d’aller voir cette pièce, et je suis à peu près en phase avec cet article. Je retiens des acteurs principaux globalement très bons (l’actrice qui joue la mère, mais aussi l’acteur qui interprète Léonard), aux multiples talents qui plus est, mais noyés dans une mise en scène boursouflée et prétentieuse…le passage avec les arbres qui parlent est assez dur à supporter quand on aime Lorca…