Le charme discret de l’ordinaire
Alan Bennett nous présente sept monologues de vies ordinaires qui s’avèrent, au bout du compte, extraordinaires. L’auteur se joue du lecteur en jalonnant d’indices chaque récit sans jamais révéler le fond de l’intrigue. Le lecteur est convié à mener sa propre enquête sur les protagonistes ou sur le dénouement de l’intrigue.
Le talent de l’auteur réside dans la présentation d’individus, qui au fil des indications, se révèle être différente. Selon Alan Bennett, « ces nouvelles sont réduites à l’essentiel, mises à nues, destinées à être lues à hautes voix. »
Il réalise un véritable travail de précision, en découpant avec une langue acérée les psychologies des personnages et en leur donnant cette force et ce relief qui prévalent à ces héros ordinaires de la vie.
Le mélange réussi du savoureux et du douloureux
La plume d’Alan Bennett se hasarde au travers de ses monologues à raconter les petits faits qui constituent une existence. Cette prise de parole de ces personnages nous interpelle. Elle témoigne de leur détresse face aux tragédies qui les remuent. Les mots deviennent alors des « caches misères ». Et le douloureux rejoint alors le savoureux. Bennett s’amuse à semer le lecteur dans les méandres de vies où les horizons sont à tout jamais fermés. Ces monologues nous livrent des bouts de vie où la part d’ombre des protagonistes est mise en lumière au fil des nouvelles un peu comme une lumière de plateau de théâtre qui progressivement éclaire le comédien.
« Mouliner » de la parole pour survivre
Ces vies désincarnées nous font penser que la tentation d’exister n’est possible qu’ailleurs.
Les personnages décrits par Bennett nous disent des choses qui s’avèrent être autres au terme de chaque récit. L’émotion est palpable, au gré des pages, où les existences décrites n’ont aucun avenir. Afin de susciter cette illusion de vie, elles n’ont d’autres recours que de mouliner de la parole à l’infini. Cette utilisation prolixe des mots en tant que principe salvateur prend à contre-pied une littérature traditionnelle pour qui le poids du verbe est essentiel. Chez Bennett, il se traduit par un malaise insidieux qui nous envahit et ne nous lâche pas. Pour notre plus grand plaisir.
Moulins à paroles (Talking heads)
Alan Bennett
Texte français de Jean-Marie Besset
ACTES SUD – PAPIERS
18, rue Séguier
75006 Paris











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