Un amour dévastateur
Le désespoir pousse au crime et la vengeance à l’atroce… Médée incarne le cri d’une femme que la solitude et la douleur transforme en furie haineuse…
Médée. Par amour pour Jason, elle se révolte contre son père et dépèce son frère pour la conquête de la toison d’or. Dix ans après, Jason se déprend d’elle et épouse en secondes noces Créuse, la fille de Créon, roi de Corinthe. Devant sa roulotte, Médée rumine son amour devenu haine. Condamnée à quitter les lieux, elle refuse de fuir. Et se venge, grâce à ses enfants, en offrant une pelisse empoisonnée qui brûle Créuse. Pour parachever sa vengeance, elle tue les enfants qu’elle a eus avec Jason.
Une Médée très contemporaine
La mise en place du décor est très belle. Très jouée. Les comédiens arrivent. Et éparpillent le décor. Avec une roulotte qui s’y glisse. Elodie Navarre, dans le rôle de Médée, est pleine de grâce et de talent. Elle fait montre d’une maîtrise des sentiments. Ici tendre. Là violente. Là cynique. Ici meurtrière. Là maternelle. Ici criminelle. Tous les sentiments s’échelonnent. Sur une gamme étendue d’émotions. Comme une furie en proie à l’amour et à la haine. Le Yin et le Yang en un seul personnage. Couchant avec la haine. Flirtant avec l’amour. Et tendre avec la violence. C’est une Médée de raison. Mais prise de folie. Une Médée de passion. Elodie Navarre habite son rôle de façon farouche. Telle une bête de scène qui bouscule son personnage pour la faire avouer. Accoucher. Sensuelle et violente avec Jason. En proie à une sagesse feinte face à Créon. Maternelle et criminelle avec ses enfants. Des sentiments en opposition de phase. Des cassures de jeu et de rythme bien menées. Avec une maîtrise de la voix et du corps. C’est une Médée très contemporaine. Dans le décor. Le jeu. Et les costumes. Entre Mafia et Bohème.
A chaque entrée, les personnages restent fixes face à Médée. Et la pensée de Médée est jouée. Incarnée par elle. Et montre son intimité. Comme mise à nue. Ainsi quand Jason arrive, Médée ou plutôt sa pensée, court vers lui pour le prendre dans ses bras. Doucement. Tendrement. La scène réelle se déroule presque à l’opposé. Quand les enfants reviennent de la mission confiée par Médée d’offrir la pelisse empoisonnée à Créuse, elle court à eux avec un couteau à la main. Portant les prémisses de l’acte qu’elle a décidé. Et pourtant, la scène réelle la voit les embrasser. Le jeu est tout sauf psychologique mais le metteur en scène, Ladislas Chollat, a voulu montrer la psychologie de Médée. Par l’action. Le mouvement. Une mise en abîme d’une femme qui a tué et découpé en morceaux son frère. Combattu son père. Par amour pour Jason. Et qui est abandonnée par lui au bout de 10 ans de mariage.
Gildas Bourdet est un Créon des temps modernes. Habillé d’un costume blanc et noir. Comme un vieux parrain accompagné de seconds couteaux. Sûr de lui, Créon est le boss. Le patron. Et il le montre. Avec la voix un peu trainante. A quoi bon s’énerver ? Sylviane Goudal, dans le rôle de la nourrice, a un jeu tout en mouvement. En tension. Habité. Très convaincante. Benjamin Boyer dans le rôle de Jason est dans une tension à mi-chemin entre un calme de raison et une violence de rupture. Les enfants sortent comme d’un jardin. Frais. Naïfs. D’une réelle présence. Discrète avec une voix bien placée pour le garçon. La scène est découpée en deux niveaux. Le premier niveau est la scène proprement dite. Le deuxième est la roulotte dans lesquelles certaines scènes, dont un aparté entre Médée et Créon, se déroulent. Donnant ainsi un relief tout en profondeur à la pièce. Et un rendu particulier. La scène c’est aussi l’autre côté. Celle de la roulotte. Celle où vit Médée dans son intérieur.
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Médée
De Jean Anouilh
Mise en scène de Ladislas Chollat
Assisté de Grégory Vouland
Avec Elodie Navarre, Gildas Bourdet, Benjamin Boyer, Sylviane Goudal, Gilian Petrovski, Grégory Vouland
Décor : Jeff Servigne
Lumière : Alban Sauve
Costumes : Christian Chollat
Musique originale : Frédéric Norel
Jusqu’au 14 juin
Du mercredi au samedi à 21h30, dimanche à 17h30
Le vingtième théâtre
7, rue des Plâtrières, 75020 Paris
http://www.vingtiemetheatre.com/
Réservation : 01 43 66 01 13
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