La Diquetée

Théodule est dans la lune car il y est à l’abri des lettres assassines et carnivores. Au milieu des mots, il se noie. Professeur, Directeur d’école et parents se liguent pour éviter la dérive. Depuis 2002, Catherine ANNE dirige le théâtre de l’Est parisien avec ce désir constant d’offrir des textes d’auteurs vivants au public et d’accueillir des pièces accessibles aux enfants. En 2009, la 6° édition du festival 1.2.3 théâtre ! s’ouvre par la création de La dictée, de l’écrivain engagé Stanislas Cotton, et dont la mise en scène est signée Anne Contensou.

Dans La Dictée, l’auteur nous parle de la dyslexie et de la terreur quelle provoque chez Théodule Tralalère, élève appliqué mais en grande difficulté d’apprentissage. Il ne comprend rien à ce qui lui arrive, et aucun adulte de l’équipe enseignante ou de sa mère n’est capable d’y voir clair non plus. Pour décrire le trouble dans lequel ce dysfonctionnement plonge tout ce monde, Stanislas Cotton confronte Madame Têtedebois professeur Théodule, Monsieur Fildefer Directeur de l’école, Madame Tralalère la maman de Théodule, et ce dernier. Chacun de ces personnages est cloisonné dans son monde, préjugeant de l’inaptitude de Théodule à apprendre mais eux-mêmes bien incapables de déceler le mal qui le ronge. Il est pourtant dans une détresse infinie cet enfant, la dictée l’immergeant dans une mer d’incompréhension, son bateau ivre chahuté par la tempête incessante des mots, il risque le naufrage à tout instant. Grâce à son imaginaire foisonnant, il s’évade dans des songes éveillés. Ainsi la Dictée se transforme-t-elle en un monstre sanguinaire qui dévore les lettres, la maîtresse et le Directeur de l’école. L’impuissance de chacun des personnages face à l’échec que représente Théodule va les pousser doucement vers une hystérie qui deviendra quasi collective.

Crédit photo Hervé Bellamy

Crédit photo Hervé Bellamy

Entrez dans la classe
On retient de cette pièce la pertinence de la scénographie, de Xavier Baron, installant Théodule au premier rang et le public aux rangs suivants. Le mur du fond de l’exiguë salle de classe sur lequel Théodule projette ses rêveries s’ouvrira parfois, donnant lieu aux images vidéo de mer tourmentée d’Etienne Bréchet et Denis Rochard. Au dessus de la classe, un miroir incliné offre un nouvel espace de lecture, le sol de la scène mais il représente également cet « ailleurs » vers lequel tous les personnages s’évaderont à un moment donné.

L’excellence du jeu d’acteurs ne peut laisser indifférent, le fragile et désemparé Théodule (Denis Ardant), l’hystérico-rigide maîtresse (Ophélie Marsaud), la maman-enfant (Stéphanie Rongeot) et l’autoritaire crooner Directeur (Jean-Baptiste Anoumon). Quant à la mise en scène, elle cherche clairement à brouiller les pistes afin plonger le public dans un malaise proche de celui du dyslexique. On ne sait pas bien à partir de quand on s’égare, ce qui est un peu dommage car on ne perd pas le fil de l’histoire mais un brin d’attention. Heureusement le dénouement s’amorce comme un soulagement car sur la confusion se posent les mots des maux : Théodule n’est pas idiot, au contraire mais il apprend plus lentement que les autres, un accompagnement individualisé lui permettra d’entendre les sons comme tout le monde (nota : La dyslexie, c’est comme « un grain de sable dans l’oreille » qui empêche la distinction de certains sons, 10% des élèves en souffrent, comme l’écrit le Docteur Tomatis dans son livre « Trouble Scolaire » publié en 1990).

Enfin, cette pièce parle très justement de l’inadéquation entre le système éducatif actuel et la prise en charge d’élèves dyslexiques et donc en échec scolaires. En cause l’incompréhension, le manque de moyens, une prise en charge trop tardive et des effectifs trop importants ? Ces enfants ont pourtant besoin de soutien spécifique et d’équipe enseignante agissant de concert avec les parents, dans la valorisation de l’élève, ensemble tendus vers un seul but : « sa guérison ».

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La dictée
De Stanislas Cotton
Création de l’Est parisien, pour tous à partir de 8 ans
Mise en scène Anne Contensou
Avec Jean-Baptiste Anoumon, Denis Ardant, Ophélie Marsaud, Stéphanie Rongeot
Du 27 avril au 19 mai, une création de l’Est parisien en ouverture du Festival 1.2.3. théâtre !
Scénographie et lumières Xavier Baron
Création sonore et musicale Laurent Courtaud
Création vidéo Etienne Bréchet et Denis Rochard
Création Masques Olga Orlenko
Coproduction Théâtre de l’Est parisien, compagnie Bouche Bée avec l’aide de l’Adami I
Durée 1h10 I
Texte édité chez Lansman éditeur, 2009
http://www.theatre-estparisien.net

Dates au Théâtre de l’Est parisien
159 avenue Gambetta Paris 20è – réservations 01 43 64 80 80
Lundi 11 mai 14h30
Mardi 12 mai 14h30 et 19h30
Mercredi 13 mai 15h
Jeudi 14 mai 10h et 14h30
Vendredi 15 mai 10h et 14h30

Salle Marcel Pagnol, Neuilly-sur-Marne
Avenue Léon Blum, 93330 Neuilly-sur-Marne
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