Sensuelle métaphysique

Approchez messieurs, dames! Venez voir ce que la nature a produit de plus cruel et de plus déroutant dans un spectacle qui est loin d’être barbant…

Crédit photo Marie Frecon

Crédit photo Marie Frecon

Tel un hommage aux personnages hors-norme jadis exhibés dans les foires, Jeanne Mordoj et Pierre Meunier font reposer leur création sur la tendance voyeuriste de l’individu et sur l’attraction/répulsion que provoque en chacun de nous ce personnage quasi-mythologique de la femme à barbe. Une heure durant, celle qui se présente comme un monstre de foire nous offre un spectacle de cirque à la fois classique et déroutant. Contorsionniste, ventriloque, équilibriste et par-dessus le marché féministe, cette femme-là est tout à la fois. S’il ne paraît pas évident de mettre à profit les arts du cirque pour s’offrir une tribune métaphysico-féministe, c’est pourtant le pari que relève avec élégance le couple Morjod/ Meunier.

Tandis que certaines ont brûlé leur soutien-gorge, d’autres se laissent pousser la barbe.
Proposant un éloge de la féminité assumée sans tabou ni fard, cette femme à barbe s’offre à nous comme un symbole de la sensualité à l’état pur. Jeanne Mordoj axe sa réflexion sur l’érotisme brut dans le dépassement de codes esthétiques établis par une morale bien pensante où chaque chose se doit de rester à sa place. Mais, mesdames, songez bien que si vous ne laissez pas pousser votre barbe à l’extérieur, sans doute celle-ci vous ronge-t-elle de l’intérieur…

L’ensevelissement comme panacée

Crédit phot Camille Sauvage

Crédit phot Camille Sauvage

L’actrice se veut inquiétante, dérangeante, hors-norme. Ente ses squelettes de béliers et de putois, Jeanne Mordoj empoigne avec douceur et fermeté l’idée de la mort, ce sentiment de finitude effrayant qui, évoqué avec humour et par le biais de métaphores, nous paraît presque acceptable. Le propos sibyllin est rassurant, comme le sont ces contes pour enfant dont les différents degrés de lecture permettent de faire cheminer l’inconscient sans trop ébranler les certitudes de la personne. Sur les routes depuis 2007 et acclamée par la critique, L’Eloge du poil offre de superbes moments de poésie et s’achève sur un final fantasmagorique (au sens premier du terme) grandiose. Finalement, quoi de plus sensuel et intriguant que cette femme à barbe ?

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"]
L’éloge du poil
Ecrit et joué par Jeanne Mordoj
Mise en scène : Pierre Meunier
Collaboration à la chorégraphie : Cécile Bon
Collaboration à la ventriloquie : Michel Dejeneffe
Scénographie et lumière : Bernard Revel
Composition musicale et ambiance sonore : Bertrand Boss
Décor et accessoires, assistant de la femme à barbe : Mathieu Delangle
Régie générale et régie son : Éric Grenot
Costumes : Stéphane Thomas, Tania Dietrich et Élisabeth Cerqueira
Du 4 au 31 mai 2009 à 20 heures, dimanche à 17 heures, relâche les 8, 9, 10, 15, 16, 21, 22, 23, 24, 28 et 29 mai

Théâtre de la Bastille
76, rue de la Roquette, 75 011 Paris

http://theatre-bastille.com/

Réservations : 01 43 57 42 14
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