visuellivrechereauUne quête inassouvie

La facilité, Patrice Chéreau n’en veut pas. Il refuse de s’installer dans une forme de production artistique confortable qui relève de la recette et du savoir-faire Ceci constituant un modèle repoussoir pour un homme qui ne cesse de chercher des solutions à ses interrogations. Pour lui, il ne s’agit pas de retrouver l’énergie qu’il a utilisée la fois d’avant pour réaliser une mise en scène mais au contraire d’aller de l’avant, savoir se mettre en danger afin de ne pas être dans la reproduction. Rien n’est acquis pour cet artiste qui s’accomplit dans la recherche, le plaisir du travail et la force de l’expérience. Le cinéma, l’opéra et le théâtre constituent ses champs d’action qu’il ne mélange pas et envisage au contraire comme le passage d’un moyen d’expression à un autre. Au théâtre, il est l’homme de tous les instants parcourant le plateau et s’appropriant une œuvre comme une expérience sans cesse renouvelée. Mais est-il essentiel de faire du théâtre aujourd’hui ? Quel genre d’auteur souhaite-t-on faire découvrir au public ? Quel genre d’histoire peut-on lui raconter et comment ? Si faire du théâtre c’est verser dans la facilité, alors il est sans doute nécessaire de se fixer de nouveaux objectifs. Quelle fonction attribuer au théâtre dans notre société ? L’artiste évoque l’aventure de Jean Vilar au TNP qui à une époque différente avait su fidéliser un public jusque là étranger au phénomène théâtral.

Car le théâtre, tout comme le cinéma, sont des modes de langage dont il est nécessaire de remettre en question les codes et les conventions afin de ne pas s’enfermer dans un type de production trop systématique. Au cinéma, c’est Patrice Chéreau qui prend la parole alors qu’au théâtre c’est l’auteur, dont il faut comprendre l’œuvre afin de restituer au mieux l’histoire qu’il raconte. Deux modes de langage différents qui nécessitent une approche réfléchie et complexe et un engagement sans concessions pour un homme qui sait s’emparer d’un projet artistique ambitieux avec toujours plus d’humilité et de questionnements.
Patrice Chéreau affirme avoir plus de plaisir à travailler seul avec chaque comédien, instaurant ainsi un rapport de confiance et travaillant sur le fil de la complicité. Chaque aventure artistique passe par une découverte de l’autre dont Chéreau ne souhaite pas faire l’économie et ses nombreuses amitiés en témoignent. Dominique Blanc se souvient de sa rencontre avec Patrice Chéreau dont « l’exigence avec les comédiens est exceptionnelle ». Une exigence qu’il s’impose d’abord à lui-même lorsqu’il emmène ses comédiens vers l’inconnu dans une confiance réciproque avec un sens de la précision étonnant comme le souligne Pascal Greggory. Car lorsque Patrice Chéreau évoque son travail, il le caractérise comme « une œuvre de nécessité ». Ce qui émeut tout particulièrement Gérard Mortier pour qui Chéreau est un homme de théâtre qui s’impose par sa volonté d’excellence.

Une fidèle reconstitution
Cet ouvrage lève le voile sur une personnalité sensible, exigeante et nourrit d’un amour exceptionnel pour son art. Les nombreux témoignages des artistes qui ont travaillé avec Patrice Chéreau émaillent les contours d’une personnalité complexe en apparence mais touchante par son engagement. Ce livre est une initiative heureuse qui réunit les compagnons de route du grand artiste porté par le désir d’aller toujours plus loin. Le livre débute par un entretien entre Patrice Chéreau et Georges Banu, donnant une tonalité réaliste au personnage si énigmatique dans sa manière de procéder au théâtre, au cinéma et à l’opéra. Une somme exhaustive de témoignages de personnalités ayant travaillé aux côtés ou avec Patrice Chéreau donne à l’ensemble de la composition une note puissante d’émotions partagées.
C’est sur les bords de la mer Egée, en avril 2008 que Patrice Chéreau a reçu le prix Europe pour le Théâtre. Les échanges ont été nombreux autour de l’œuvre de Patrice Chéreau et cet ouvrage en restitue l’essentiel avec une exactitude remarquable.

Patrice Chéreau
J’y arriverai un jour
Ouvrage réalisé par Georges Banu et Clément Hervieu-Léger

Editions Actes Sud
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75006 Paris
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