Une folle épopée baroque
Se faisant tailler la barbe, dom Quichotte évoque le quotidien avec la fougue qui le caractérise. L’hidalgo de la Manche a vieilli mais son esprit d’aventurier l’encourage à verser dans l’inénarrable fable de ses quêtes illusoires. L’âge n’a pas altéré son esprit frondeur et son sens de la justice. Prompt à sceller la monture de son cheval, il s’achemine vers de nouveaux horizons pour lesquels, son fidèle écuyer, Sancho Pança, lui est entièrement dévoué.
A peine le temps de saluer leurs proches et voilà les deux personnages déterminés à battre la campagne en quête d’impossible. L’un, guidé par sa destinée amoureuse, Dulcinée, l’unique dame de ses pensées, l’autre rêvant d’une île à gouverner. Mais une cour d’oisifs peu scrupuleux, conçoit un stratagème fort divertissant à l’insu des deux compères partis vers une destination improbable. Les épreuves se révèlent être nombreuses et soutenues par un rythme et un esprit burlesque confortant l’œuvre de da Silva dans une parodie baroque haute en couleurs. Carrasco, l’ami de dom Quichotte organise des mystifications, complote, manigance afin d’embrigader l’hidalgo de la Manche dans les abîmes de ses propres désillusions. Rites de passage ou d’initiation, Quichotte enchaîne les rencontres toujours plus incroyables qu’il combat vaillamment. Le chevalier errant triomphe de chaque épreuve pour trouver ou sauver sa Dulcinée. Ainsi, apparaîtra une fausse Dulcinée, muette à la suite d’un enchantement.
Son infirmité arrivera à son terme lorsque Sancho Pança acceptera de recevoir trois cent coups de fouets pour être nommer gouverneur d’une île dont il rêve depuis bien longtemps. Cette fourberie mènera l’écuyer vers un espace insulaire où la justice fait autorité et prive, entre autre, le pantagruélique Sancho des plaisirs de la table. La médecine, la justice et le pouvoir s’unissent pour revêtir le costume manichéen de l’Inquisition. Les combats se font nombreux entre le vaillant dom Quichotte et les personnages qu’il croise sur sa route, dans des lieux caractérisés par une certaine singularité : la montagne creuse de Montesinos, le Parnasse métaphorique peuplé d’oiseaux tourmentés (les Muses et Apollon) et tourmenteurs (les mauvais poètes), une île rompue à la violence de son absurdité… De retour au pays, dom Quichotte se retrouve seul, cultivant l’amertume de ses propres rêves.
Une puissante fantaisie
Antonio José da Silva s’approprie une figure tutélaire de l’œuvre de Cervantès de manière absolument remarquable. Dom Quichotte, chevalier à la triste mine, repart sur les routes pour de nouvelles aventures auxquelles da Silva accordent une dimension volontairement baroque. Né en 1705 au Brésil dans une famille bourgeoise juive, il fait des études de droit au Portugal et subit rapidement l’Inquisition et est emprisonné en 1726. Pourchassé à cause de sa religion et sans doute aussi en raison du caractère subversif que représente alors le théâtre aux yeux de l’Eglise, il meurt brûlé en place publique. Auteur considéré comme un des plus importants de la dramaturgie portugaise, on lui connaît huit pièces souvent qualifiées « d’opéras » en raison des nombreux airs qu’elles contiennent. Dans « Vie du grand dom Quichotte et du gros Sancho Pança », da Silva met l’accent sur le personnage de Sancho Pança, d’une étonnante rusticité, qui dévoilera son caractère lorsqu’il sera gouverneur. Fortement ancré dans la réalité et se moquant de son maître, il s’oppose à la générosité de dom Quichotte. L’auteur rappelle ainsi qu’il vaut mieux confier son destin à un chevalier qui combat des moulins qu’à un rustaud épris de pouvoir.
Cette folle épopée du chevalier à la triste mine a été confiée à Emilie Valantin, créatrice du théâtre du Fust, marionnettiste et manipulatrice. Elle a su initié les comédiens dans l’art délicat et difficile de la manipulation en peuplant le voyage de dom Quichotte de marionnettes de tailles et de techniques différentes afin de créer des effets de perspective. De petite taille, elles illustrent un mémorable combat équestre, sont les muses d’Apollon ou les mauvais poètes. Grandeur nature, elles incarnent les personnages de Cochonette (la fille de Sancho), ou la comtesse, marionnette à fil pour un chien et petite marionnette pour le Parnasse. Dédoublement, juxtaposition, les comédiens s’approprient leur marionnette avec une justesse étonnante et parachève une composition d’une esthétique remarquable. Comédiens de chair et de chiffons se font les représentants d’une société à un moment donné dans une association confondante.
Les décors d’Eric Ruf plongent le spectateur dans un monde féerique qui fait honneur à l’art du simulacre. Les murs d’un palais ancien exaltent des azulejos patinés par le temps, coiffés par une végétation oisive. Ce mur se transforme au fil des aventures de dom Quichotte, en un remarquable jeu de construction dans lequel les pièces s’assemblent pour faire naître ou disparaître des paysages insolites. Les comédiens se situent entre l’excellence et la perfection en renouant avec la tradition du théâtre populaire dont la marionnette fait partie. Michel Favory (dom Quichotte), désabusé mais toujours en état d’alerte lorsqu’il s’agit de partir à l’aventure nous emporte dans son monde magique de sincérité. Il est juste, touchant et force le respect. Son fidèle écuyer, occupe la scène avec un talent exceptionnel et une drôlerie pré ubuesque. Le pantagruélique Grégory Gadebois (Sancho Pança) est renversant de talent. Son épouse Teresa (Véronique Vella) exécute un numéro désopilant de duo ventriloque avec sa fille-marionnette Sanchitta, avant de former avec Silvia Bergé et Léonie Simaga un inoubliable « chœur-farceur » qui revient tout au long du spectacle. Christian Blanc, Christian Gonon et Alain Lenglet interprètent des mauvais poètes, des comédiens, des courtisans, des juges dont ils entonnent eux aussi une partie en chœur. Nicolas Lormeau (Carrasco) parcourt les méandres de son personnage avec une extraordinaire aisance, la justesse de sa voix lui vaut le succès d’un air ancien qu’il interprète tout en manipulant une marionnette qui l’accompagne au tambourin.
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Vie du grand dom Quichotte et du gros Sancho Pança
D’Antonio José da Silva
Traduction de Marie-Hélène Piwnik
Mise en scène, mise en marionnettes et costumes d’Emilie Valantin
Avec Véronique Vella, Michel Favory, Isabelle Gardien, Sylvia Bergé, Christian Blanc, Alain Lenglet, Christian Gonon, Nicolas Lormeau, Léonie Simaga, Gérgory Gadebois,
Décor : Eric Ruf
Lumières :Gilles Drouhard
Formation aux manipulations :Jean Sclavis
Musique originale : Vincent Leterme
Réalisation sonore : Jean-Luc Ristord
Fabrication des marionnettes ateliers du Théâtre du Fust
Du 8 avril au 26 juin 2009 en matinée à 14h et en soirée à 20h30
Comédie Française
Salle Richelieu
Place Colette
75001 Paris
http://www.comedie-francaise.fr
Réservation :0 825 10 16 80
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Bon sang que nous n’avons pas vu la même chose…!
Bien sûr que les décors et la régie alliée aux marionettes est réussie, mais au milieu de tout cela les acteurs rament, les scénes s’achevent en queue de poisson…
On n’entend que mal Sancho qui sans sa voix de gorge serait impeccable. Michel Favory, repéré la veille dans De Filipo, manque de relief et déroule de façon monotone un personnage à qui il ne donne pas vie. Le pire c’est l’écriture, trés décévante alors que l’auteur me semblait en interview vraiment fertile. A part deux trois moments d’écriture qui se tiennent, tout est décousu et repose sur la bonne volonté un peu aveuglée du public.
La veille, la Grande Magie avait finalement mieux réussi le pari de la comédie tout en interrogeant finalement trés bien ce qui fonde et nourri nos illusions.