Don qui ? Don Quichotte !
Don Quichotte et Sancho Panza. Ils sont là en face de nous. Et modernes. Très modernes. Sans armure et sans cheval. Ou presque. Sancho Panza avec un caddie de supermarché et une guitare à la main. Don Quichotte, en chemise, pantalon et veste. Ils semblent être la figure de déracinés qui parcourent le monde. Ici nul idéalisme. Ils en portent peu la trace.
Irina Brook, la metteure en scène, n’a pas transposé « Somewhere… la mancha » dans une histoire de cape et d’épée. Peu de référence dans cette veine. Peu de choses en commun avec la chevalerie. Sancho Panza rêve d’être acteur. Un acteur oscarisé… pardi ! Don Quichotte, quant à lui, est un combattant timide de l’oppression. Dulcinée ? On la voit rapidement. Au début. Il en rêve un peu. Mais trop peu pour un amoureux. Non. Don Quichotte est plutôt à la recherche de l’autre. De rencontres.
Humour en balades
La pièce est rythmée par des tranches d’humour qui jalonnent le spectacle. Le chant passant le relais à la danse qui passe le relais au rêve qui passe le relais à la détresse qui passe le relais à la joie. Un jeu de passe-passe. Comme l’improvisation passe le relais au texte. Une mise en scène qui semble basée sur des morceaux d’improvisation. Et des morceaux plus travaillés. Comme pour la danse.
Sobriété côté décor. La scène est arrêtée par une bande de sable délimitant l’aire de jeu des comédiens. Vide ou presque. Elle est habillée au fil de l’eau. Comme un décor dynamique. Mouvant. Seuls éléments récurrents… la guitare et le caddie de Sancho Panza. Les comédiens sont l’axe central de la pièce.
Une pile d’états d’âme épars compilée dans un univers riche et varié. Avec une danseuse de flamenco et de Sevillanes, Lorie Baghdasarian, pleine de grâce. Trois hippies, dont Bartlomiej Soroczynski, Jerry Giacomo complètement déphasés. Et un homme, Christian Pelissier, comme sorti tout droit d’un western mafieux. Avec pour cadre. Les Etats Unis.
Augustin Ruhabura, dans le rôle de Don Quichotte, a un jeu tendu. Fixe. Trop. Le regard. Le geste. Tout est dans la tension. On le sent comme sur une corde raide. A l’inverse, Gérald Papasian, dans le rôle de Sancho Panza, est l’âme légère et musicienne du « couple ». Don Quichotte reste un peu dans l’ombre de Sancho Pancha. C’est ce dernier qui s’impose le plus dans un jeu coloré et de différentes tonalités. Un Sancho musicien et chanteur.
Irina Brook et Marie-Paule Ramo ont écrit une pièce dont l’improvisation semble en être plus que la marque. Mais une griffe. Le jeu des comédiens s’en ressent. En début de spectacle, Sancho Panza attend avec le public, guitare à la main, la venue de Don Quichotte. Le tempo est donné. Le spectacle peut commencer. Un spectacle simple. Sobre. Ouvert à tous.
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Somewhere… la mancha
Mise en scène et adaptation par Irina Brook
Assistée de Marie-Paule Ramo
Avec Lorie Baghdasarian, Gérald Papasian, Bartlomiej Soroczynski, Augustin Ruhabura, Christian Pélissier, Jerry Di Giacomo
Costumes : Daisy Dover
Scénographie : Noëlle Ginefri
Lumières : Arnaud Jung
Son : Julien Vallespi
Arrangements musicaux et chef de chœur : Vincent Bonzom
Régie générale : Thibault Ducros
Régie son : Thomas Boizet
Régie Plateau : Philippe Jasko
Jusqu’au samedi 9 mai
Du mardi au samedi à 21h et matinée du samedi à 15h30
Au théâtre des Bouffes du Nord
37 bis, bd de la Chapelle, 75010 Paris
http://www.bouffesdunord.com/
Réservation : 01 46 07 34 50
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