« L’éducation » d’Eugénie
Le titre de cette création « Sade Nietzsche » propose un contraste qui éveille d’emblée une certaine curiosité. Adapter « la philosophie dans le boudoir » de Sade et « le crépuscule des idoles » de Nietzsche au sein d’une même partition relève du pari osé de Stéphane Russel et d’Emma Barcaroli.
Si ces deux philosophies en présence nous semblent différentes dans leur approche, elles se marient fort bien sur le fond. Le fil rouge de cette pièce est tenu par Eugénie, jeune femme avide de connaissances qui ne sait que faire de sa liberté de pensée et d’action. Face à la morale qui l’entoure toujours prête à l’asservir, elle convoque deux « ancêtres » que sont Sade et Nietzsche. Elle dispose en l’état d’une dose d’érotisme brut et de provocation propre à lutter contre les tentatives de purification de la morale contemporaine.Ces personnages vont assurer son éducation afin de la délivrer du carcan de cette société régie par la peur de sa propre liberté.
Suggérer est plus que montrer
La pensée érotique plus que le sexe a permis de concrétiser un spectacle plein de fantaisies. Cette distance voulue a permis de mettre en valeur les plaisirs multiples de la chair au travers d’un érotisme et d’une sensualité exacerbée par les deux comédiens. Parler de l’épanouissement intime et le suggérer est là une sensation qu’excite l’imagination. L’érotisme est dès lors plus fort que la pornographie et Sade y gagne ses lettres de noblesses.
Les comédiens vivent sur scène et réagissent dans leurs corps, leurs postures aux pensées de Dolmancé, porte-parole de Sade. La comédienne y mime l’amour, se caresse et nous fait ressentir ses plus profondes sensations. Le jeu de Tanja Czichy réussit à traduire par sa présence et sa sensualité les accents d’une époque qui ressemble étrangement à la notre.
Ce parfum délicieux du « scandaleux » interroge la morale. Une morale bâtie sur la religion ou l’inverse. Jésus est un usurpateur et Dieu est mort. Les idoles sont à terre. La pensée de Nietzsche témoigne alors du chemin parcouru afin d’éradiquer une morale qui s’acharne à détruire l’homme. Eugénie tentera, au terme de son questionnement, de trouver le chemin de son épanouissement en intégrant ces deux philosophies.
Le poids des mots
La présence d’un écran vidéo sur scène permet à Dolmancé et à Mme de Saint Ange d’intervenir en donnant la réplique au Chevalier et à Eugénie. Ce choix de mise en scène s’avère déroutant car les spectateurs doivent se concentrer à la fois sur un texte très littéraire et sur le jeu des comédiens sur scène. Ce texte très riche devient paradoxalement le point faible de la pièce. Ce défaut ne doit pas entacher ce beau projet plein de fantaisie et de hardiesse qui nous parle. Vive Sade ! Vive Nietzsche !
Sade Nietzsche
Avec David Arveiller et Tanja Czichy
Participation visuelle Martine Logier et Jean Hache
Mise en scène Stéphane Russel et Emma Barcaroli
Jusqu’au 16 mai du mercredi au samedi à 22H00
Guichet Montparnasse
15 rue du Maine,7514 Paris
http://www.guichetmontparnasse.com
Réservations : 01 43 27 88 61
Très original, indeed… A découvrir!