Une intimité expurgée
Pénétrer l’intimité d’un huis clos existentiel par une parole pondérée qui met en abîme la vie passée, présente et future de deux couples : L’Homme et la Femme, Elle et Lui, dans un espace circonscrit par les souvenirs d’un appartement qui s’en fait l’écho. Quitter ce lieu chargé d’émotions, engager une séparation douloureuse et bouleversante pour L’Homme et la Femme qui égrènent les restes improbables d’une vie en suspens.
Une tension accrue accompagne les mots dans leur hésitation à s’arrimer à la réalité d’une situation qui s’impose. Le couple est sur le point de se séparer, de s’arracher à un lieu, un cocon qui leur est familier depuis de nombreuses années. Les traces d’un passé révolu ou en phase de l’être, agitent leur pensée vagabonde et exhument les restes d’une vie partagée dans la douleur, la frustration, la joie et l’inconvenance. Quelques affaires demeurent au milieu de cet espace figé dans le souvenir expiatoire. Des vieux rideaux, des livres de cuisine, une photo et un carton échafaudent le décor d’un univers dont ils tentent de s’émanciper malgré une puissante mélancolie. Elle et Lui emménagent dans ce lieu dont l’intimité, sensible et puissante, pourrait être la leur. Lui s’affaire à vider les premiers cartons pendant qu’elle, enceinte de dix semaines, lasse, réduite à un avenir incertain et des désirs frustrés, ne peut lui être d’aucun secours. Des grands moments de solitude confrontent les personnages à l’indolence d’une vie qui déroule une chronologie concentrée du temps écoulé. Des moments, des souvenirs, des objets, des interrogations, des peurs, des obsessions se confondent, se chevauchent et s’entremêlent pour fédérer quatre solitudes qui se rencontrent à des âges différents et révèlent en fait la même identité.
Pureté et simplicité confondantes
Lars Norèn établit un rapport particulièrement épuré avec les mots qu’il utilise pour dire l’essentiel. Il explore avec force l’essence des choses en se situant au plus proche d’une réalité qui fait l’économie de toute préoccupation psychologique et sociale. Les souvenirs, générés par l’approche de la mort, évitent l’écueil de la circonlocution et l’auteur s’en empare avec un talent d’exégète.
Sa mise en scène est dépouillée, dénuée de toutes fioritures qui pourraient faire obstacle à la parole. Les corps des comédiens, presque inertes, libèrent les répliques derrière lesquelles se cache une histoire. Chaque mot porte en germe le poids du souvenir et du temps qui passe. Une temporalité qui se rencontre, se juxtapose et s’ancre dans la mémoire illustrant la vie qui se construit sur des points spécifiques.
Afin de ne rien figer, Lars Norèn écrit sans relâche et a affiché dans son bureau, les photographies des acteurs pour réécrire, d’après sa lecture de leurs traits, la parole de ses personnages. L’écriture de l’auteur travaille donc autour du temps et avec le temps. Lars Norèn s’empare de cette pièce très simple pour la rendre aussi nue et immobile que possible. Le langage de l’auteur, simple, concis et épuré permet aux silences de tout envelopper pour mieux se substituer aux mots.
La juxtaposition des répliques, la projection syncopée des mots et le poids des interrogations nous rapprochent d’une dramaturgie à la Duras ou Sarraute. Une pièce blanche, éclairée par deux fenêtres, dessine un huis clos à la temporalité incertaine dans lequel les personnages évoluent. Un miroir, un cadre photo et une chaise constituent l’essentiel de cet espace dépouillé dont l’essentiel réside dans la parole que libère chaque corps. Un carton de déménagement enchaîne quelques déplacements ou s’ouvre pour libérer, comme la boîte de Pandore, des maux dont on ne souhaite pas être la victime. C’est dans cette pièce, claire et débarrassée des nécessités de l’habitation, que les deux couples évoquent les riens qui les constituent.
La quasi immobilité dans laquelle est figée chaque comédien fait résonner sa parole et entendre sa souffrance. Catherine Sauval (la femme) et Françoise Gillard (elle) donnent leurs lettres de noblesse au texte puissant dont les juxtapositions, la concision et la clarté laisse peu de liberté à l’interprétation active. Christian Cloarec (l’homme) et Alexandre Pavloff (lui) entonnent leur partition avec toute la retenue et la sincérité qui caractérisent les grands comédiens.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"]Pur
De et mis en scène par Lars Norèn
Traduction de Katrin Ahlgren
Avec Catherine Sauval, Alexandre Pavloff, Françoise Gillard, Christian Cloarec,
Décors et lumières Gilles Taschet
Costumes Ann Bonander-Looft
Du 15 avril au 17 mai 2009
Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi à 20H00 | Mardi à 19H00 | Dimanche à 16H00
Théâtre du Vieux Colombier
21 rue du Vieux Colombier, 75006 Paris
http://www.comedie-francaise.fr
Réservations :01 44 39 87 00 / 01
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