
Une histoire de rencontres
C’est une rencontre entre un saxophoniste et un comédien. Entre l’Italie, la Croatie et la Bosnie. Entre un photographe italien et ses grands parents croates. Entre l’enfer de la Bosnie et le silence de l’Occident. Entre l’horreur de la guerre et le mutisme délicat des grandes puissances.
C’est une odyssée à travers l’horreur de la guerre. L’auteur, Laura Forti, nous met en contact direct avec les victimes, les bourreaux, les violés, les violeurs. C’est une descente dans l’enfer d’un jeune photographe italien parti en Bosnie rejoindre ses grands-parents dont il ne sait rien avec pour objectif de couvrir la guerre. Un marché est conclu au consulat pour les grands-parents « Les délais sont longs […] on n’y peut rien […] Mais il y aurait une possibilité de raccourcir les délais […] parce que tu es moitié croate par ta mère et donc tu pourrais rester ici, rester à combattre, eux s’en vont et toi tu restes ». Et il reste… et les grands-parents s’en vont.
Un photographe en joue
Il dépose donc son appareil photo pour prendre la mitraillette. Le photographe dans la tourmente de la guerre devient un assassin malgré lui. Embarqué par la tourmente dévastatrice des massacres, il s’immisce dans la peau d’un combattant. L’enfer de la Bosnie. On découvre des chemins de sang, des broussailles poussés par la guerre, des ruines de vengeance, des débris de haine.
Laura Forti nous dévoile dans un style direct le ressenti que peut avoir un homme dont la famille vient d’être égorgée, d’une femme qui vient d’être violée ou d’un parent dont l’enfant a été exécuté. L’horreur est au détour de chaque page. Le silence au détour de chaque phrase. Une œuvre belle et forte. Ramassée. Compacte. Pas d’excès dans les descriptions. Tout est sobre et sans ambages.
Nema problema… c’est quand la voie est libre et qu’on peut avancer. Nema problema, il y va. Il fonce. Ils foncent. Tout le monde fonce pour sauver sa peau.
Au-delà de la beauté du livre, Laura Forti, dans cette pièce, dénonce le mutisme des grandes puissances devant une barbarie sans nom. Elle a mis aux prises de la guerre un homme qui aurait pu être vous ou moi. Par chance pour nous, il n’a été que lui. Mais on le suit jusqu’au bout. L’auteure nous fait découvrir cette tourmente que toute personne peut subir en face de l’horreur de la guerre.
C’est une rencontre, tout au long de la pièce entre un photographe qui raconte son histoire et un saxophoniste qui l’accompagne. De son seul instrument. La musique prend le relais de la parole quand la parole s’éteint. Ou quand elle défaille. Et on se laisse porter nema problema. Par l’histoire. Par l’auteure.
Nema problema
de Laura Forti
Actes Sud
18 rue Séguier, 75006 Paris
Tel : 01 55 42 63 00
http://www.actes-sud.fr











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