Mais n’te promène donc pas toute nue
Feu la mère de Madame
« On y voit au travers comme dans du papier calque »
Un député arrimé aux obligations de ses fonctions subit malgré lui les originalités de son épouse qui, aérienne et détendue, se promène en tenue légère dans l’appartement. Sermonnant son épouse d’une apparente naïveté, Mr Ventroux s’épuise à faire entendre à celle qu’il a épousé que « cela ne se fait pas… ». « Toute nue ! Où ça ? J’étais en chemise de jour ! » Les convenances ont leurs limites qu’outrepasse Clarisse en se mouvant dans son intérieur à la vue de tous (visiteurs, voisins, famille …).
De plus, elle tâte l’étoffe de Mr Deschanels, offre la moiteur de ses mains à Mr Hochepaix et demande à un journaliste du Figaro de la sucer. C’est beaucoup trop pour un seul homme dont la position délicate au Parlement nécessite d’observer quelques contraintes protocolaires. Comment faire dès lors pour tenter de sauver les apparences et surtout sa carrière!!!
Lorsqu’en pleine nuit, un homme rentre déguisé en Louis XIV et quelque peu grisé par un souper joyeux, son épouse excédée lui fait son procès. Rentrer à 4h10 du matin, ce n’est pas une heure convenable, surtout affublé d’un costume ridicule celui du Roi soleil alors qu’il pleut dehors. Heureusement, les domestiques ont investi les appartements de Monsieur afin que Madame puisse dormir en paix. Mais trop c’est trop, dépenser 11 francs et 75 centimes pour un repas que Monsieur ne digère pas, alors qu’il doit 800 francs au tapissier, cela vaut bien une salve de reproches. Un coup de sonnette wagnérien retentit au milieu de la nuit déjà bien avancée et tout bascule.
Feu la mère de Madame a expiré, enfin c’est le valet qui l’affirme. Débute alors, une véritable course à l’effondrement, de Madame, de la bonne. Monsieur est bien plus occupé à rédiger un courrier à Borniol et à son tapissier pour annoncer la triste nouvelle et régler ainsi ses affaires. Mais lorsqu’un valet se trompe de porte en pleine nuit pour annoncer la mort de sa maîtresse de maison, c’est alors le soulagement final…
Une farce bien assumée
Voilà un Feydeau mis en scène dans la pure tradition du boulevard comme le public l’apprécie. Sans questions métaphysiques ni réflexions abusives sur la psychologie des personnages, José Paul signe une réalisation sans aspérité qui renoue avec les principes du théâtre bourgeois où le rire porte en germe des tensions exacerbées par une société moralisatrice.
Propre, rythmée et en parfaite adéquation avec les propos de l’auteur, José Paul réalise une mise en espace qui se suffit à elle-même et rend au texte sa dimension puissamment comique. Il maîtrise le rythme et la logique décalée des personnages avec une compréhension fine qui porte les comédiens vers toujours plus d’aisance dans leur jeu. Un intérieur aux couleurs fraîches et contrastées constitue successivement le lieu de tous les quiproquos des deux pièces représentées. Un mobilier ancien mais relooké façon fashionable donne une allure plus contemporaine au cadre de vie de ces personnages qui établissent les principes de la comédie de mœurs chère à Georges Feydeau.
Le jeu des comédiens est sans exagération et rend au texte toute sa puissance comique sans jamais tomber dans le grotesque. Même si les grosses ficelles du théâtre de boulevard sont inéluctablement hissées, l’ensemble est assumé avec joie et plaisir partagé. L’élégance de Marc Fayet (Ventroux) constitue l’alliée imparable de l’insouciance de Lysiane Meis (Clarisse) qui malgré sa voix nasillarde et sa fâcheuse tendance à bêtifier ses personnages, réussit tout de même à trouver une certaine justesse. Michèle Garcia (la domestique) est d’un naturel renversant pour deux comédies hautes en couleurs. Elle s’approprie la scène avec une présence affirmée et si généreuse.Ces deux pièces forment un diptyque heureux et joyeux, renouant avec la tradition simple et bon enfant du théâtre de boulevard.
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Mais n’te promène donc pas toute nue
Feu la mère de Madame
De Georges Feydeau
Mis en scène par José Paul
Avec Lysiane Meis, Michèle Garcia, Marc Fayet, Stéphane Cottin, Philippe Magnan, Geoffroy Boutan
A partir du 14 avril 2009
Du mardi au samedi à 21h00, matinée le samedi à 17h00
Théâtre de Paris
10/12 rue Jean Baptiste Pigalle, 75009 Paris
http://www.theatredeparis.com/
Réservations : 01 48 74 25 37
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