Une tragédie du pouvoir
L’Ecosse et la Norvège sont en guerre. Macbeth, duc de Glamis, cousin du roi Duncan et chef des armées, s’illustre par son courage. Trois sorcières lui prédisent les titres de duc de Cawdor et de roi d’Ecosse. Et pour Banquo, général et ami de Macbeth, une descendance royale.
La prédiction semble se réaliser. Duncan, pour saluer l’héroïsme de Macbeth, le fait duc de Cawdor. Et désigne son fils Malcom comme son successeur à la couronne royale. Voyant son destin lui échapper et sur les conseils de Lady Macbeth, Macbeth assassine Duncan. Par peur, Malcom fuit en Angleterre. Devenu roi, Macbeth, pour garder sa couronne, fait assassiner tous ces adversaires déclarés ou potentiels. Ces assassinats rongent de remords Lady Macbeth. Dans cette course folle au pouvoir suprême, trahison et meurtre finissent par avoir raison de Macbeth. Il est tué et Malcom devient roi d’Ecosse.
Atmosphères, atmosphères !
Le metteur en scène, Serge Poncelet, a puisé dans toutes les ressources du théâtre. Corps. Voix. Décors. Sons. Lumières. Tout est décliné en atmosphère. « Macbeth » est au carrefour de champs visuels et sonores. Atmosphère visuelle générée par des lumières et des fumées donnant par intermittence des reflets particuliers à la scène. Atmosphère sonore habitée par des sons et musiques qui donnent par moment un rendu particulier. Voire étrange.
Pièce écrite autour de 1603, cette tragédie de Shakespeare est sans doute la plus noire de ces pièces avec une progression dramatique de grande allure. Pour accompagner celle-ci, Serge Poncelet a mis en place des décors apportant fraîcheur et légèreté. Les trois sorcières donnent une couleur claire à la pièce. Elles annoncent le Destin dans un jeu et des costumes cassant avec la noirceur de la pièce.
La mise en scène est remarquable. Très travaillée. Les déplacements sont coordonnés, dansés, rythmés. Serge Poncelet a choisi de faire coexister un ensemble d’univers différents. Masques et Kendo se donnent la répartie. Peints, les visages presque blafards sont en accord avec les costumes foncés, rappelant ceux des samouraïs, des personnages. Le metteur en scène a voulu apporter une touche asiatique à cette « pièce écossaise ». Les comédiens utilisent le shinai, version en bois du katana, sabre utilisé par les samouraïs. Cette note « martiale » ajoute une touche équilibrée et inspirée aux mouvements. Ici, les déplacements sont coordonnés en groupe. Là, c’est Macbeth qui est assassiné par une attaque de combattants armés de shinais. L’Ecosse semble épouser par instant le Japon.
Le décor. Simple. Naturel. Est fait de tulle, de bambous et de feuilles. Comme épuré. Donnant un appui aux comédiens sans les étouffer. Il est plus qu’un espace dans lequel le comédien a une liberté de jeu. Il est son compagnon de jeu. Nos trois sœurs fatales sont des sorcières qui colportent l’heur et le malheur de Macbeth. Avec une jubilation de l’instant présent. De ce futur qu’elles dévoilent, elles en ressentent une excitation, comme un délice. C’est une symphonie de voix pincées, chantantes. Presque enfantines. Avec en pied de nez une sorcière portant une barbe.
Macbeth, Lady Macbeth, Macduff, Malcom sont dans un rapport de force palpable dans le jeu. Et dans la voix. Tous les personnages semblent comme habités par une tension qui les pousse vers un point fixe dont ils ne peuvent se détourner. Il est à noter que le jeu des comédiens, à l’exception des sorcières, est un peu maladroit au début. Mais prend toutefois de la consistance au fil de la pièce. Un grand moment de théâtre où la mise en scène a gagné tous ses galons de la noblesse d’Art.
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Macbeth
De William Shakespeare
Mise en scène de Serge Poncelet
Adaptation et traduction d’Eric Prigent
Avec Serge Poncelet, Eric Prigent, Philippe Simon, Eirin Marlene Forsberg, Yohann Mateo Albaladejo, Olga Sokolow, Luc Mansanti
Costumes : Barbara Gassier, Marie Odin
Création lumières : François Martineau
Décor et accessoires : l’équipe du théâtre Yunqué
Univers sonore : Ulrich Mathon
Entraînement Kendo : Guy Segalen
Jusqu’au 3 mai 2009
Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi à 20H30. Dimanche à 17H00. Samedi à 15H00
Théâtre de l’Opprimé
78, rue du Charolais
75012 Paris
http://www.theatredelopprime.fr/
Réservations : 01 43 45 81 20
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