cas-blanche-neigeUn conte des temps « très » modernes

Le mythe de Blanche-neige revisité par Howard Barker a été entièrement décapé afin de présenter La Féminité comme l’enjeu majeur de cette œuvre. Dans ce conte, la reine est l’incarnation de cette allégorie. Elle se manifeste de façon brutale par une sexualité exacerbée. Le parti pris de l’auteur a rendu possible la mise en valeur d’une situation tragique à travers une histoire complètement débridée où le sexe est roi. La trame originelle de ce conte s’est estompée au profit de personnages pragmatiques dénués, en la circonstance, de toute magie. La reine, belle-mère de Banche-neige adultère par essence et femme fatale écrase sa belle-fille. Blanche-neige tente d’échapper à cette emprise en s’attaquant à la beauté de la reine. Elle n’hésite pas à créer une surenchère libidineuse où la débauche est force de loi. Aux mains de sept inconnus, Blanche-neige se livre volontiers à une vie dépravée. Mais le prince d’Irlande la convoite et la sauve pour en faire sa fortune. Après avoir obtenu sa main, il fécondera la reine.

Le corps comme moyen d’expression
Howard Barker utilise la Féminité à travers le prisme du corps de la reine et de sa belle-fille. Ce corps est le point de passage des angoisses existentielles de ces deux femmes. On assiste à une quête effrénée d’érotisme et de sexe permettant de tromper un avenir qui les effraye. C’est dans cette démarche que Blanche-neige assume une vie dévergondée en proie à sept inconnus. De son côté, la reine lasse de son mariage, se console dans les bras de différents serviteurs de la cour. Cette femme en poussant au plus loin ces désirs tente d’oublier les meurtrissures du temps sur son corps. L’ultime pied de nez au destin est cet enfant qu’elle attend du futur fiancé de Blanche-neige, assurant ainsi son prolongement. Blanche-neige, qui entretient des rapports incestueux avec son père le roi, jalouse cette belle-mère séduisante et adultère. Cette dépravation affirmée par l’auteur tient lieu ici d’exutoire à la mort. Convié au festin de Blanche-neige, on force la reine à chausser des souliers rougeoyants et à danser jusqu’ à tomber raide morte.

Le miroir, thème central de l’œuvre
Le miroir, dans ce conte, permet d’explorer l’essence tragique de la femme. La reine découvre son image dans le miroir tendu par une vieille aveugle. Cette ironie suprême de l’auteur favorise la mise en perspective de l’effondrement des valeurs de notre société. Les personnages ont mis en place un jeu de libertés dont ils assument pleinement les règles.
Howard Barker a travaillé des notions qu’il a rendues incompatibles comme la liberté et la bonté. Nous sommes loin de la traditionnelle co-existence du bien et du mal. La pitié est vécue comme un sentiment érotique mais renferme aussi son venin. Et toute chose dite est contredite aussitôt.

Du lyrisme au réalisme
Deux types de répertoires sont présents dans cette œuvre : l’un est élevé, littéraire, métaphorique ou lyrique, l’autre bas, argotique, cru et terre à terre. Beaucoup de répliques ont un rythme particulier, révélant ainsi une certaine poésie. L’utilisation de caractères majuscules souligne certaines répliques à l’instar des obscénités les plus crues ou les envolées rhétoriques… Le poids des mots est renforcé par des phrases inachevées ou en suspens.

Au-delà du mythe
« Dans mes tragédies, les situations posées provoquent l’effondrement des valeurs et les individus sont libres ou forcés de vivre avec les règles qu’ils ont inventées eux-mêmes. Le résultat de tout cela, c’est que le public n’a pas à partager une attitude face à ce qu’il voit sur scène. Il n’est pas obligé d’arriver à un consensus… C’est ce que j’appelle le théâtre de la Catastrophe. C’est en un sens l’opposé de la tragédie classique qui affirme des valeurs morales tandis que dans mes pièces, l’idée est de les faire “éclater” ». Howard Barker utilise dans cette philosophie ainsi énoncée des valeurs qui régissent et qui conditionnent la vie contemporaine. Le possible défiant le probable.

Le cas Blanche-Neige
(Où comment le savoir vient aux jeunes filles)
De Howard Barker (œuvres choisies vol.4)
Editions théâtrales
Traductrice : Cécile Menon
Co-éditeur : Maison Antoine Vitez

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