visuelcorridapieceUne dérive nocturne

Robino, un tueur des abattoirs rompu à l’exercice fastidieux de sa fonction, se grise afin d’échapper à la douloureuse réalité à laquelle il se heurte chaque jour. Après un licenciement expéditif, l’ivrogne rencontre Emilian Kraxi, le fameux toréro bulgare qui le prend en charge. Dès lors, Robino qui s’était toujours rêvé matador, entame une épopée décousue en compagnie de son nouvel acolyte impulsif, excessif et grotesque. Face à l’absurdité des évènements, tous deux partent à la recherche improbable d’un rhinocéros de combat qui hante la ville dont ils pourfendent l’épaisseur ombreuse afin de poursuivre leur but ultime. Durant cette corrida nocturne, les deux hommes pénètrent une ronde de personnages qui constituent autant d’obstacles à leur quête absurde. Un fonctionnaire qui « fonctionne » propose des emplois inappropriés au toréro afin de lui assurer une intégration réussie dans la société. Un minotaure développe un discours invraisemblable au cours duquel il révèle l’importance d’une mission que les deux hommes doivent accepter. Il s’échappera, plus tard, de la chambre de Daphné, amie de Kraxi, qui constatant les faits, rentre dans une colère effroyable. Pendant ce temps, au supermarché, le rhinocéros s’agite et il est temps pour Kraxi d’intervenir. Mais sont-ils entrain de vivre un rêve ou de se confronter à la réalité ? Cette interrogation oppose Robino à Kraxi stupéfaits par la singularité des évènements qui les transportent avec toujours plus de fougue vers des situations incongrues.

Un règlement de compte
Inscrivant ses personnages en rupture avec un quotidien qu’ils subissent, l’auteur crée un décalage dont l’inadaptation se veut le maître mot. Enchaînant les situations, les discours et les lieux improbables, Denis Baronnet emmènent Robino et Kraxi sur les chemins tortueux de l’angoisse, l’incompréhension et l’absurdité. Les scènes s’enchaînent sans cohérence, donnant plus de consistance dramaturgique, sans doute, à l’épopée cauchemardesque des deux amateurs de taureau. Un champ lexical relativement familier conforte les personnages principaux dans leur condition misérable et affligeante. L’auteur semble régler des comptes avec la société qu’il envisage comme un vaste labyrinthe inadapté à son esprit singulier. Dès lors, la tauromachie, dont la pièce n’est surtout pas le sujet, n’est qu’un prétexte pour esquisser tout un paysage de désolation et de désespoir dans lequel tentent d’exister deux hommes d’une grande sensibilité mais perdus dans les abîmes d’une société pour laquelle ils ne sont pas faits, ou peut-être l’inverse. L’ambiance familière est de mise dans cet univers musclé où l’auteur exhume ses propres angoisses par l’entremise de ses deux personnages éconduits par l’absurdité des choses.

Né en 1966, Denis Baronnet vit à Paris. Entre 1990 et 1995, il écrit et joue plusieurs spectacles d’humour : « Mangez-en tous, Aux chiottes la vie, Nough ! Nough ! » En 1995, sur une commande d’Antoine Bourseiller pour l’opéra de Nancy, il coécrit avec Jean-Christophe Mast le livret d’une comédie musicale loufoque, « Embûches de Noël ». Depuis, il travaille comme comédien, assistant à la mise en scène, musicien. Il continue à écrire du théâtre avec la compagnie « Franchement, tu ».
« Corrida » est sa première pièce publiée et sera représentée au Théâtre du Rond Point, à Paris, à partir du 28 avril 2009.

Corrida
De Denis Baronnet
Editions Actes Sud
18 rue Séguier
75006 Paris

http://www.actes-sud.fr/