La gaîté d’une vie à deux

Deux personnalités que tout semble opposer, partagent les joies du quotidien avec humour, tendresse et complicité. Christophe, professeur d’histoire/géographie vit le grand amour avec Pascal, agent artistique pour les stars oubliées du grand public. Leur quotidien que l’on pourrait imaginer différent d’un couple hétérosexuel ne fait pourtant pas l’économie des standards de la vie à deux.

Dans un restaurant asiatique, fréquenté par des personnalités hautes en couleurs, les deux compères n’échappent pas aux tensions provoquées par une soirée désastreuse. Choisir une tenue correcte, tendance et flatteuse pour la silhouette, demeure un enjeu de taille pour un couple aux goûts diamétralement opposés. Canard aime Poussin et Poussin aime Canard, leur complicité est attendrissante surtout lorsqu’il s’agit de passer aux choses sérieuses. Vivre ensemble, acheter un appartement à deux nécessite de faire quelques compromis et ceux-là se révèlent être nombreux. Après avoir visité une quarantaine d’appartements, Canard et Poussin s’installent dans le Marais, un quartier au goût du jour pour un couple dans le vent. Dès lors, installer la box, partager des soirées entre amis, partir en vacances, ou se perdre au Louvre sont autant d’occasions de mettre en lumière la dimension fortement comique du quotidien de deux hommes complices malgré tout. Ainsi, au fil des scènes, Canard et Poussin nous font pénétrer dans le monde pas si atypique que cela, d’un couple gay pour qui, comme tout le monde, la vie à deux demeure une expérience sans cesse renouvelée.

comme_ils_disent

D’une scène de ménage à l’autre
« Comme ils disent » offre des tonalités puissamment comiques grâce à une écriture taillée au couteau et une répartie acerbe dont les deux personnages se font l’écho. Sans jamais tomber dans la facilité caricaturale de la folle tordue qui s’épanche à propos de sa vie que l’on pourrait imaginer dissolue, l’auteur nous donne à voir le quotidien d’un couple largement émancipé du carcan stéréotypé de la communauté gay. La frontière sexuée entre les genres est transgressée malgré elle, car Poussin et Canard enchaînent des tranches de vie qui portent en filigrane la dimension universelle de la vie à deux avec ses avantages et ses inconvénients. D’entrée de jeu, les deux comédiens s’attirent les faveurs du public en prenant à partie certains spectateurs afin d’établir une complicité qui leur permet de faire exister les personnages qui peuplent leur quotidien.

L’ironie est de mise, la suggestion est un pari réussi pour cette pièce que l’on pourrait imaginer grossière et facile. Poussin et Canard assiste au spectacle de leur vie face à un public attentif, complice et réactif. Une mise en scène simple mais efficace permet aux comédiens de faire exister les lieux, personnages et univers qu’ils évoquent tout au long des douze scènes auxquelles nous assistons. Malgré un sentiment de déjà vu qui procède d’une écriture largement influencée par une ambiance télévisuelle, la magie du théâtre transcende cette inénarrable comédie qui fonctionne grâce à la conviction et la détermination de ses comédiens.
Deux sièges plantés au milieu de la scène, constitue l’unique décor avec lequel les acteurs composent leur univers. Les accessoires habillent cette composition qui peut se permettre de pratiquer une économie de moyens car tout repose sur la force comique des situations et la conviction avec laquelle Poussin et Canard interprètent ces douze « scènes de ménage ».

Robuste et truculent, voix grave et rassurante, Christophe Dauphin s’amuse à revêtir le costume du professeur d’histoire en totale rupture avec les références culturelles souvent trop légères des gays. Déterminé et convaincant, il s’offre le luxe de verser dans une imitation de Louis de Funès, bien que son naturel comique pourrait tout à fait s’en passer. Le regard coquin et attentif aux moindres détails, Pascal Rocher flaire le moment où il pourra glisser avec habileté des remarques acerbes, drôles et ironiques. Son jeu à la Pierre Palmade devrait trouver son identité propre au fil des représentations. Cette pièce est à envisager comme un grand moment de détente passé en compagnie de deux comédiens dont la force comique et la générosité réconcilient avec le théâtre simplement drôle.

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Comme ils disent
De Christophe Dauphin et Pascal Rocher
Mise en scène Christophe Canard
Avec Christophe Dauphin et Pascal Rocher

Jusqu’au 28 juin
Du mardi au samedi à 21h30. Matinée le samedi à 17h30

Théâtre le Mélo d’Amélie
4 rue Marie Stuart
75002 Paris
Réservations : 01 40 26 11 11
http://www.lemelodamelie.com/

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