Une sainteté toute relative…
Une ville en état de siège impose à ses habitants une proximité avec la mort qui exacerbe chaque geste du quotidien pour l’inscrire dans la spirale infernale d’une survie improbable. Lâchées en rafales, les balles emportent avec elles les corps inertes qui s’entassent sur les restes présumés d’une société haletante.
Dans un intérieur d’une grande simplicité, Imen reçoit ceux qui viennent chercher l’apaisante tranquillité, qu’un verre d’arak ou un peu de yaourt 0% contribuent à exalter. La simplicité des mots échangés porte en filigrane la douleur de tout un pays dévasté par la guerre. Alia, la sage-femme, soigne Jésus, le chat d’Imen dont la mère n’est toujours pas revenue du checkpoint. Toutes deux partagent la complicité de l’éphémère, les joies évanescentes d’une vie au conditionnel et parcourent ainsi les souvenirs d’une mémoire douloureuse. Les incursions répétées de Ian le soldat, dans l’intimité d’Imen, inféodent la jeune fille aux soumissions innommables de l’autoritarisme. Yad, se laisse happer par les effets sédatifs de l’arak afin d’expier une mémoire saturée par la vue du sang. Avec son épouse, Alia, il cultive un art de vivre détaché de toutes les hostilités avilissantes des charognards qui souillent leur ville. Leur fils Amin, brillant étudiant à l’université, découvre avec ferveur le sentiment patriotique qui l’encourage à mener une véritable course vers l’abîme. Un jour, il tue un soldat, triomphant de ses récentes convictions, et devient un martyr qui détruit, viole et meurt au nom de Dieu.
Rester digne face au désastre…
Dans les décombres d’une ville parcourue par les exactions répétées d’une cohorte de meurtriers, Mohamed Kacimi lève le voile sur le quotidien blessé d’une poignée d’habitants. Sans jamais dénoncer, de manière trop prévisible, une réalité douloureuse, il s’empare de l’horreur pour la réduire aux principes d’une survie qui s’organise bien malgré elle. Lutter pour sa terre, pour sa famille afin de ne pas devenir la victime expiatoire d’un système rompu à une légitimité terrienne toute subjective, est un véritable combat du quotidien pour les personnages dont l’auteur nous parle dans sa pièce. Il ne s’agit donc pas d’une plaidoirie en faveur d’une actualité pervertie par la pensée unique mais au contraire « un appel à l’humain ». Une humanité noble et universelle qui dans son combat pour sa survie tente de s’affranchir du désastre hégémonique de l’envahisseur corrompu. La langue est simple, les mots sont choisis pour construire un édifice que rien ne peut ébranler lorsqu’il s’agit de garder espoir.
Quatre pans de murs gris, entre lesquels des espaces sont ménagés, s’ouvrent sur un lointain indicible qui se fait l’écho des bombardements répétés, rythmant la pièce avec une tension accrue. Une méridienne, un fauteuil, une table basse et un meuble de salle à manger habillent un intérieur dépouillé et non déshumanisé. La simplicité du décor répond aux velléités matérielles des personnages qui évoluent dans ce lieu. Des détails symboliques citent, tout comme le texte, les traditions de l’Orient avec une douce mélancolie. Sophie Akrich signe une mise en scène un peu trop prévisible où l’apparente tranquillité du début contraste de manière trop évidente avec la fin de la pièce. Le crescendo pour lequel, semble-t-il a-t-elle opté, manque d’une subtile musicalité qui altère de fait la partition. On bascule trop vite dans l’horreur d’une violence inéluctable qui s’achève dans le chaos d’un massacre brutal. Imposant au jeu des comédiens une sérénité du corps et de la voix trop attendue, la tension dramatique est sous exploitée et dessert la force tranquille d’un texte auquel il faut donner plus de relief.
L’interprétation est inégale, et à la sincérité d’un engagement total s’oppose une approche en devenir des personnages que la pièce évoquent. Yad (Bernard Allouf) investit, avec générosité, un homme morcelé et rongé par l’horreur d’un passé troublant. C’est dans l’arak qu’il trouve sa tranquillité. Alia (Katia Dimitrova), hésitante, exalte une sensibilité fragile qu’elle doit conquérir avec plus de force et de conviction. Ian et Amin, en proie à une interprétation qui manque de réflexion, sont victimes d’une gestuelle qui comble leurs manques. Le jeune Imen (Lily Bloom) irradie la scène par sa jeunesse, l’intelligence et la générosité de son jeu. Elle parcoure les méandres de son personnage avec une maîtrise du texte absolument remarquable. Cette pièce, d’une extrême densité, permet de partager la douleur d’une situation imposée sans jamais tomber dans la pathos vulgaire et facile de ces textes qui dénoncent gratuitement.
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Terre Sainte
De Mohamed Kacimi
Mise en scène Sophie Akrich
Avec Bernard Allof, Lily Bloom, Mehdi Dehbi, Katia Dimitrova, John kokou
Scénographie et lumières Erwan Creff
Musique Frédéric Minière
Du 10 mars au 12 avril 2009
Du mardi au samedi à 20h00, dimanche à 16h30
Théâtre de la Tempête
Cartoucherie
Route du Champ de manœuvre
75012 Paris
http://www.la-tempete.fr/
Réservations :01 43 28 36 36
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