Qu’attend donc cette jeune fille ?
La voici face à nous, le regard posé dans le lointain, l’oreille attentive. A côté d’elle un vieil homme. Ses longs cheveux blancs tombent presque sur des habits en lambeaux. Une grille les sépare. Et les mots sont rudes encore. La jeune fille semble être une journaliste, l’homme ne lui révèle son histoire qu’avec une réserve particulière, sans comprendre vraiment ses motivations.
Lui, c’est un vieil indien. Dès son enfance il se destinait un jour à tuer son cousin. C’est une histoire familiale. Là d’où il vient, les ancêtres parlent encore sur la tête des vivants. Une insulte s’y inscrit pendant sept générations. L’homme a voyagé, l’homme aimait les trains. L’homme trouvait souvent son cousin sur la route. Son cousin savait ce qui l’attendait et, tout en sachant, les deux hommes sont devenus amis. Puis l’homme l’a finalement empoisonné, sans que l’on puisse dire vraiment s’il avait reconnu la personne.
Cela fait peut-être longtemps déjà que l’homme pense dans cette cellule, à pas lents, les mains tremblantes. Un jour, arrive la jeune fille, elle lui dévoile rapidement qu’elle traîne depuis toujours la recherche d’un père. Autour d’eux, le metteur en scène a décidé d’introduire un guide : un jeune indien, dont la parole se fera au moyen de ses instruments. Ils ponctueront les échanges des personnages. Tour à tour, la jeune fille et le vieil indien se trouveront confrontés à l’autre et à eux-mêmes.
Se mettre au vert…
Antoine Herbez, le metteur en scène suggère simplement le lieu de l’action : un banc de bois et une grille facilement déplaçable évoque clairement la cellule. Il met en lumière les émotions et les découvertes que l’histoire tisse dans un huis clos. Dans la fable comme en scène on s’interroge sur la difficile communication et ce que l’enfermement peut pousser à révéler. Les deux personnages n’échangent pas dans un cadre habituel, leurs secrets de vie sont dévoilés au fur et à mesure qu’ils s’apprivoisent. Ces deux générations se rencontrent pour un seul homme. Dès le début de la fable, le vieil indien prévient qu’une « seule femme peut effacer l’insulte ». A la fin, c’est avec sagesse qu’elle, la jeune fille, reprend les paroles d’une terre natale qui a lieu « Quand le monde était vert. »
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Quand le monde était vert
(La fable du chef indien)
De Sam Shepard et Joseph Chaikin
Mise en scène : Antoine Herbez
Avec : Michel Carnoy, Marie Le Cam et Thimothée Couteau
Du 17 février au 11 avril
Du mardi au samedi à 19h
Manufacture des Abbesses
7 rue Véron, 75018 Paris
http://manufacturedesabbesses.com
Réservations : 01 42 33 42 03
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