Un homme plus un homme

Deux hommes sur un banc. Devant un collège de jeunes filles. Ils attendent. Couverts d’un imperméable avec pour seuls habits une paire de chaussettes et un slip. Qu’attendent-ils ? Que font-ils ? Et qui sont-ils ?

Freud versus Marx
Toute la pièce tourne autour de l’ambiguïté. Ambiguïté de l’identité des personnages dont on ne sait rien. Ou presque. Qui est ce monsieur S qui se prend pour Freud ? Et ce monsieur K qui jure d’être Marx ? Ambiguïté par rapport à la situation où K essaie de comprendre ce que S fait devant un collège de jeunes filles alors que lui-même est dans cette situation.

secrete

Christian Canot, le metteur en scène, a axé sa mise en scène autour de cette confrontation entre les personnages. Tout est dans le rapport qu’ils entretiennent. Tout est dans leur nudité. Le décor est un banc placé de biais au milieu de la scène. Discret, il semble être juste un point de chute. Il n’a presque pas d’importance. Car tout se joue entre les personnages. Sur leur identité « volée », Freud versus Marx, sur leur rapport biaisé, K questionnant S sur ce qu’il fait et S questionnant psychanalytiquement K sur ce qu’il est. Entre les personnages, au fil de l’eau s’établit une relation, une connivence.

La pièce flirte de bout en bout avec l’humour. Le jeu des acteurs est juste, bien mené, bien dosé. Il oscille entre douceur et fermeté, humour et gravité. Une large palette d’émotions nous est offerte. Dans le rôle de K, Jean-Claude Bartnicki décline un personnage nerveux et presque tourmenté. Dans le rôle de S, Nicolas Guillemot alterne entre la colère et la gêne, la peur et la revendication. Les deux comédiens sont, malgré eux, frères d’une même situation qu’ils ont créée. Jaloux de leur droit « visuel », de leur place sur le banc, ils cohabitent sans se comprendre.

Dans ce face à face entre Freud et Marx, c’est toute l’opposition du monde que l’on retrouve. Freud, chez qui l’inconscient aliène le Moi. Marx chez qui le travail aliène l’homme. Dans les deux cas, l’individu n’est pas prophète en son propre « pays ». L’homme est ainsi rendu étranger à lui-même pour paraphraser Marx.

secrete71

Marx et Freud. Deux grands théoriciens qui ont charrié avec eux tant de préjugés, d’incompréhensions, de raccourcis. Freud, père de la psychanalyse taxée de pansexualisme. Marx, fondateur du marxisme et enfantant des dictatures.

Christian Canot a mis en lumière ces contradictions. Ces préjugés. En les revêtant d’un imperméable. Comme pour pointer en chacun de nous des vérités que nous n’osons pas avouer. Par peur de l’autre. De son incompréhension.

Une pièce contre les préjugés, les raccourcis. Deux hommes en face d’un collège de jeunes filles peuvent-ils attendre autre chose que des jeunes filles ? Surtout, si devant ce collège, se déroule une représentation où ministres et plénipotentiaires sont conviés ? C’est à la fin de la pièce que le voile se déchire. Que la vérité s’entrevoit. Que les deux hommes se rejoignent pour faire corps.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"]
La secrète obscénité de tous les jours
Pièce de Marco Antonio de la Parra
Mise en scène de Christian Canot
Avec Jean-Claude Bartnicki, Nicolas Guillemot
Le Samedi à 20h45 et le Dimanche à 15h30 jusqu’au 26 avril

Aire Falguière
55 rue de la Procession, 75015 Paris
http://aire.falguiere.free.fr
Réservations : 01 56 58 02 32
[/slider]