Michel Azama nous livre dans cet ouvrage la tragédie d’Iphigénie sous un éclairage nouveau. Elle se démarque des précédentes versions par un prologue qui met en valeur une assemblée de Dieux qui a choisi d’exiger un sacrifice des mortels. La déesse Atémis en a décidé ainsi. Les Dieux s’ennuient. Ils ont soif de sang. Kronos, Apollon et Dionysos s’agitent. Mais Artémis réclame le sacrifice d’Iphigénie qui la rendra à tout jamais « immortelle » à ses côtés.
La nouvelle déclinaison de cette « Iphigénie » en prose nous dévoile l’action avant la bataille que doivent livrer les Athéniens aux troyens. Iphigénie dont l’hymen s’est porté sur le valeureux guerrier Achille, expose cet amour à la face du roi Agamemnon, son père. Ce dernier doit sacrifier sa fille aux Dieux afin de créer toutes les conditions nécessaires à la victoire des athéniens. Iphigénie découvre avec horreur le funeste destin qui lui réservé. Elle finit par accepter cette mise à mort et renonce à son amour afin de préserver la liberté de ses compatriotes. Elle pensera à fuir avec Achille mais elle ne pourra pas finalement se résoudre à échapper à son destin.
Tragédie moderne
En choisissant de donner la parole aux Dieux qui réclament le sacrifice d’Iphigénie, Michel Azama nous décrit une société régie par l’arbitraire qui ressemble à bien des égards à notre monde moderne. Le destin tragique qui frappe Iphigénie rappelle les sacrifices humains qui touchent certains peuples de notre histoire. La guerre menée par le roi Agamemnon contre ses ennemis indéfectibles, les troyens, provoquera des milliers de massacres, et donc des sacrifices. Les guerres d’Afghanistan et d’Irak témoignent de cet arbitraire qui ravage un pays, décime ses populations au nom d’une cause ou d’une idéologie.
Par delà cette tragédie, il convient de souligner la force du témoignage des sacrifiés, des morts dont les spectres viennent hanter les vivants. La modernité de ce mythe traduit la culpabilité des peuples à assumer leurs génocides et autres méfaits relevant de la barbarie.
Michel Azama en remettant au goût du jour cette mythologie dénonce la disparition de ces « utopies combattantes » du Che à Freud laissant la jeunesse actuelle dans les méandres obscurs de l’impuissance. Si le théâtre n’a aucun impact dans notre société, gageons que cette pièce en appelle à la conscience de certains.
Iphigénie ou le péché des dieux
De Michel Azama
Editions théâtrales
http://www.editionstheatrales.fr/












Comment est habillé Dyonisos??