Le Dandin de la farce

Georges Dandin, paysan aisé, en échange de sa fortune, se marie avec Angélique, la fille de M. et Mme Sottenville, pour acquérir le titre de noblesse de « Monsieur de la Dandinière ». Mais Angélique se refuse à consommer ce mariage. Elle voue amour et affection pour Clitandre, un gentilhomme de la cour. George Dandin, au milieu du mépris de sa belle famille, lui rappelant sans cesse sa condition d’origine, et du dédain de sa femme, devient une victime vexatoire. Dupé et ballotté par valets, beaux-parents, femme et amant, esseulé et jurant de souffrance, il ne peut compter que sur lui-même et sur ses remords.

Crédit photo Luc Moriot

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Place aux masques
C’est par un cri que George Dandin commence. Le tempo est donné. Le spectacle est basé sur le corps, l’expression, la voix. Chaque acteur a un demi-masque. Très personnalisé. Très expressif. De même, la voix est très marquée. Elle est une griffe donnant un relief aux personnages. Celle de George Dandin est nerveuse et tendue. Les voix des autres personnages sont plus aériennes, plus légères comme celles d’Angélique, de Clitandre ou plus graves, comme celles de M. et Mme Sottenville.

Rien n’est marqué par le sceau de la banalité. Ni les voix, ni le mouvement, ni le jeu. La Commedia Dell’Arte est loin. Ici, la gestuelle ne procède d’aucun rituel. Tout est sous le couvert d’une liberté de ton qui lie l’humour au drame. La gravité à la dérision. George Dandin est la comédie la plus noire de Molière mais Mario Gonzalez, le metteur en scène, a choisi d’en exploiter tous les filons comiques.

www.theatre13.com/

Crédit photo Luc Moriot

Ainsi, le jeu de Clitandre est fait de grâce, de légèreté et d’humour. Celui de Lubin, valet de Clitandre, de facétie et de dérision. M. et Mme Sottenville habitent comiquement des personnages imbus de leur condition sociale. Angélique, tout en fragilité, déploie une énergie sans retenue pour tromper et moquer son mari. Quant à George Dandin, c’est le seul qui verse peu dans le comique. Tout est chez lui comme marqué par le tourment et la tension.

Mario Gonzalez a choisi un jeu masqué pour souligner le caractère de chaque personnage. Le masque se marie avec le visage du comédien. Il en porte les traces, les stigmates, les rictus. Il n’a aucune neutralité. Le mariage entre tradition théâtrale, de par les masques, et modernité, de par le jeu est consommé avec talent. Le mouvement est dans le jeu. Il est fait pour les personnages. Par les personnages. Chacun le sien. Les déplacements sont réglés. Artistiquement, le mouvement habite le personnage, l’enrobe, lui donne sa raison d’être. Le jeu des comédiens est relevé. Très relevé. Aucune approximation. Aucun sur-jeu.

Crédit Photo Luc Moriot

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Couleur et minimalisme
Chaque couleur recouvre des alliés. Ainsi, M. et Mme Sottenville sont habillés de rouge. Clitandre et Angélique sont en orange. Claudine et Lubin sont en blanc et orange. Le costume de George Dandin est quant à lui de la même couleur que sa maison. Beige. La couleur est ici comme un signe de ralliement, d’appartenance amoureuse ou sociale. Le décor est minimaliste. Une porte et une fenêtre représentent la maison de George Dandin. Quant à la scène, ronde, elle donne une vue hémisphérique du spectacle.

Une belle scène se fait jour, lorsque Clitandre et Angélique se donnent de nuit un rendez-vous donnant lieu à un numéro d’ombres chinoises très réussi. Là, les ombres apparaissent quand auparavant les corps existaient. Là, l’obscurité se fait jour quand auparavant la lumière était l’alliée des comédiens.

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George Dandin
De Molière
Mise en scène de Mario Gonzalez
Avec Mariana Araoz, Etienne Champion, Evelyne Fagnen, Stephan Kalb, Marcela Obregon, Christophe Patty, Eric Tinot
Représentations jusqu’au 12 avril le mardi, mercredi, vendredi à 20h30, le jeudi et samedi à 19h30, le dimanche à 15h30

Théâtre 13
103A boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris
http://www.theatre13.com/
Réservations : 01 45 88 62 22
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