Godot ou l’existentialisme revisité
« En attendant Godot » considéré comme le classique de Samuel Beckett est présenté au théâtre de l’Athénée. Cette pièce nous entraîne dans un monde où le malaise existentiel est roi. Deux personnages paumés (Vladimir et Estragon) attendent vainement la venue de Godot. Cette seule espérance les maintient en vie. La force de cette œuvre est contenue dans cette problématique : attendre Godot. Mais pourquoi ? Personne n’en sait rien. Les deux protagonistes n’ont pas le choix, Godot doit venir coûte que coûte. De ce fait, ils se sont rendus prisonniers de l’endroit même où ils vivent.
Ils bannissent tous désirs et chassent tous plaisirs susceptibles de donner un sens à leur vie. Ils veillent à la remplir avec des petits riens afin que leur vide soit le plus complet possible. Cette quête de la non vie confine aux sentiments masochistes les plus enfouis. Chaque événement, grand ou petit ne sert qu’à créer une heureuse diversion, en attendant Godot.
Pour certains, cette attente ressemble à bien des égards à la mort. Godot s’engage par la voix de son émissaire à venir le lendemain. La mort rode et octroie à ses deux vagabonds un sursis. Si d’autres y voient une émanation divine, le résultat attendu en sera tout aussi obscur.
Le grand nulle part
Bernard Levy a su mettre à profit le rituel existentiel de ces personnages par leur absence de projet et par leur immobilité dans une mise une mise en scène sobre. La scénographie témoigne d’une nudité propice à installer la quête improbable de ces deux égarés. Un arbuste et une pierre en guise de souche pour Estragon constituent le décor dont la vacuité renforce l’atmosphère étrange de la pièce.
L’attente de Vladimir et d’Estragon est interrompue par le sieur Pozzo et de son serviteur.
Dompteur de foire ou de cirque, Pozzo fait une entrée remarquée en tenant Lucky en laisse. Ce dernier, utilisé comme simple porteur de bagages ne peut penser par lui-même. D’un naturel peu loquace, Lucky se voit offrir la possibilité de s’exprimer. Il devient intarissable. Il se met à penser et frise alors la folie. Penser devient un acte de vie, un paradoxe inacceptable dans la philosophie même de cette pièce.
L’absence de certitudes, asservissement ou liberté ?
Bernard Levy a su renforcer le jeu débridé de ses comédiens par quelques notes burlesques tirées du registre de Charlot lorsque Pozzo entre en scène. Au vague intérêt suscité pour le Sieur Pozzo, succède une indifférence matinée de d’ennui mortel. Cependant cette diversion est nécessaire car elle permet de tuer le temps en attendant Godot.
Au fil des actes l’arbuste se couvre de feuilles. On ne sait combien de temps s’est écoulé. Nos deux comparses, Vladimir et Estragon perdent la notion du temps et oublient jusqu’à leurs souvenirs les plus immédiats. Beckett s’amuse ainsi à tordre le temps et à nous livrer un monde complètement déstructuré où aucune certitude n’est possible.
La finalité de cette pièce pourrait se résumer au le choix laissé au spectateur de déterminer si cette absence de certitudes génère un asservissement total de la personnalité de l’individu ou crée a contrario un espace nouveau de liberté libéré des contraintes de la société ? Samuel Beckett nous répondrait sans doute en renvoyant dos à dos ces théories. Ce qui confère à cette œuvre un attrait jamais démenti.
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En attendant Godot
De Samuel Beckett
Mise en scène Bernard Levy
Avec Gilles Arbona, Thieery bosc, Galan Le Martelot, Georges Ser et Patrick Zimmermann
Du 5 au 28 mars 2009
Théâtre de l’Athénée
Square de l’Opéra-Louis Jouvet, 7 rue Boudreau
http://www.athenee-theatre.com/
Réservations : 01 53 05 19 19
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