Une véritable course vers l’abîme

Seule dans sa chambre d’hôpital, Adèle affronte sa névrose et tente en vain de scénariser une situation extrême mais libératrice. Sur le terrain accidenté de ses interrogations, elle tente de franchir les reliefs abrasifs de sa déraison. Elle se cogne, s’agite et se heurte à une réalité dont elle ne veut plus. Peuplée d’une multitude de voix, elle convoque les démons de son Moi fragmenté pour égrener les mots essentiels qu’elle livrera à son entourage pour quitter, enfin, ce sort imposé.

Possédée par un discours obsessionnel et compulsif, elle expérimente la recomposition sémantique de son morcellement pour livrer une parole cohérente à son entourage. Malgré la camisole chimique qui l’enserre comme une bouée de sauvetage, Adèle veut mourir afin de s’affranchir de la pulsion de mort qui l’envahit depuis son enfance. Le suicide devrait être un droit reconnu par la société, libérant ainsi les âmes égarées dans les abîmes de la souffrance psychique. Victime de sa naissance elle ne veut pas être celle de sa mort et arpente les couloirs interminables de ses interrogations. Elle fédère, réunit, convoque et supplie toutes les voix qui l’animent pour l’aider à trouver les mots qui l’accompagneront vers une mort salvatrice. Sa souffrance est d’une grande complexité et fait rayonner un questionnement dans un paysage mental parsemé de ruptures et de conflits.

visueleden

Cinquante minutes pour mourir
Hauke Lanz et Chloé Delaume ont initié une création en plusieurs étapes à la Ménagerie de Verre. Entamée en septembre 2008, « Eden matin, midi et soir » est un « work in progress » dont le point de départ est le synopsis suivant : toutes les cinquante minutes, une personne se suicide en France. Aujourd’hui, c’est au tour d’Adèle de vouloir passer à l’acte. Ce monologue écrit par Chloé Delaume pour la comédienne Anne Steffens et le metteur en scène Hauke Lanz, s’est construit séance après séance afin que cet objet théâtral s’invente dans une contamination permanente et mutuelle entre écriture et scène.

Un plateau recouvert d’une matière légère, découpée et étincelante, met en lumière un lieu dévasté par la souffrance d’une jeune fille en proie à ses interrogations. Une baignoire blanche, située au fond de la scène, constitue le réceptacle des désirs pulsionnels d’une psychotique déterminée à plonger dans l’irréalité d’une liberté qu’elle réclame. Un jeu sonore et musical, accompagne Adèle dans sa véritable course vers l’abîme. Anne Steffens parcoure la scène au rythme convulsif de ses pulsions tentant d’esquisser les reliefs abrupts de son mal-être. Les mots s’enchaînent de manière anodine, sans réelle tension dramatique, avec une volonté affirmée d’apporter une dimension didactique à cette performance. La comédienne, malgré un jeu honnête et généreux, manque de maturité pour saisir toute la subtilité d’une situation qui fragilise davantage qu’on ne pourrait le croire. Le texte, par ailleurs, nous livre trop explicitement des situations nommées par défaut et non dans un souci de vraisemblance. Dévastée par cette multitude qui l’anéantit, Adèle nomme sa pathologie de manière trop évidente, parcourant les récurrences d’une composition qui ne fait pas l’économie des poncifs de l’errance qui enferme le personnage dans sa pulsion de mort.

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Eden matin midi et soir
De Chloé Delaume
Mise en scène Hauke Lanz
Avec Anne Steffens
Création son Ludovic Millet
Création lumière Etienne Bernardot
Du 24 mars au 28 mars à 20h30

Festival Etrange Cargo
Ménagerie de Verre
12-14 rue Léchevin
75011 Paris
Tel : 01 43 38 33 44
http://menagerie-de-verre.org
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