Quand la crise brise les rêves…
CAROLINE, à elle-même : « Souvent on ressent un si grand désir en soi…et puis après on revient, les ailes brisées, et la vie continue, comme si on en avait jamais fait partie… »
L’Allemagne des années 30. Un désarroi ambiant qui sert la montée du pouvoir d’Hitler et que l’on tente de fuir en célébrant la fête de la bière à la foire d’Octobre de Munich. Glaces, barbes à papa et bière à profusion entre les chants tonitruants et les rires gras, les hurlements sur les montagnes russes et les toboggans. Dans ce désordre festif et alcoolisé, une bande de jeunes ou de post-adolescents désorientés dirait-on plutôt, s’aveuglent dans leur violente puérilité afin d’oublier l’angoisse de leur situation dans une société en crise.
Parmi eux, un jeune couple, Casimir et Caroline. Elle, petite vendeuse ambitieuse au caractère bien trempé, veut jouir de l’instant et s’extasie comme les autres au passage du Zeppelin, symbole d’un progrès qui appartient aux puissants. Lui, chauffeur récemment au chômage s’exclut et privilégie la pente vers la dépression, s’enfermant dans un pessimisme fataliste. Un couple cassé par la crise, fragilisés par la peur de la nécessité et influencé par un lot d’idées reçues, de petits mots simples qui en disent long, soufflés par un entourage désabusé. Ödön Von Horvàth raconte, dans une suite de courtes scènes, ces fils et filles de leurs temps, en quête de sensations fortes, qui arpentent avec cynisme leurs désirs, leurs névroses tandis que de vieux hommes riches et célibataires mettent en compétition leur pouvoir auprès des jeunes demoiselles. Un monde en dérive qui fait écho avec notre contemporanéité où défilent toutes sortes de phénomènes de foire en résonance avec la monstruosité d’une humanité au bord du gouffre.
Sur les montagnes russes…
Malgré une distribution talentueuse, malgré la remarquable maîtrise d’Emmanuel Demarcy-Mota à diriger les dix-neuf comédiens, malgré le brio d’une technicité rigoureuse des choeurs et des danses de grande qualité, on demeure à distance de cette « farce » populaire aux airs d’opérette sur fond d’orage socio-politique. L’émotion et la force du texte d’Horvàth ne sont donc pas au rendez-vous. En effet, par trop démonstratif, l’excès de symboles affaiblit la vitalité du propos et alourdit le rythme. Une lourdeur qui frôle l’ennui lors des déplacements des imposants accessoires, bien que la qualité de l’impressionnante scénographie d’Yves Collet soit indiscutable en terme d’esthétique et de moyens.