Seule mais à plusieurs…

Un hula-hop pour bâton de vieillesse, une paire de palmes pour se mouvoir dans les eaux troubles de sa déraison, Camille est seule, unique personnage et pourtant si nombreuse. Submergée par un flot de paroles, elle expulse en rafales, la simplicité des mots donnant corps aux personnalités qui l’habitent. Possédée par un discours obsessionnel et compulsif, elle compose la partition vindicative de ce qu’a été, de ce qu’est ou de ce que sera sa vie… Elle en arpente les reliefs, bascule dans ses abîmes, parcoure à la hâte les plaines encombrées de ses angoisses. Camille soliloque, plongée dans l’irréalité pathologique d’une multitude qui l’obsède. Elle orchestre, d’une main de maître, toutes les voix avec lesquelles elle tisse les fils anodins de la conversation. De longs silences, introduisent des existences fantômes qui s’animent par le fil d’une pensée décousue. Une chronologie tranchée et désordonnée, entraîne dans une ronde infernale, les démons d’une vie de désolation. Poursuivie par des chimères incongrues, Camille invective, vitupère, règle des comptes réels ou imaginaires qui font de sa vie un vaste champ de bataille. Elle explore les tréfonds de son âme, en affronte les secrets, les tourments et les joies heureuses qui lacèrent son monologue de pulsions parfois dévastatrices. De l’enfance à l’âge adulte, à la vieillesse, elle saisit une à une les souffrances d’une vie devenue insupportable. Mais toutes ses logorrhées, dont les incursions se font toujours plus conquérantes, constituent un appel au secours, une envie de vivre quoi qu’il en soit.
« Ce qui est affreux dans QUITTER, c’est tout ce temps passé à échouer en terre hostile et inconnue. »
Soliloque puissant de prosaïsme et de désespoir, cette pièce de Dominique Carleton ouvre la voie aux performances artistiques qui ne pourront procéder que d’un don de soi poussé à l’extrême, relégué aux confins pulsionnel de la création. Interpréter le rôle de Camille c’est s’emparer de plusieurs existences, accepter de se laisser envahir par ces âmes vagabondes qui surgissent de manière impromptue au détour de la conversation. Cette performance « gymnique » réside davantage dans la manière de gérer l’alternance des images spectrales qui habitent la jeune femme, que dans la langue qu’utilise l’auteur pour faire vivre cette facétie névrotique. Le texte est dense, animé de paroles syncopées qui tourmentent l’ensemble de la structure lexicale. Une sensibilité affirmée, ironise les remparts du monde auxquels Camille s’attaque et permet d’identifier chaque personnage comme une entité propre à l’hystérie ambiante. La langue est simple, Dominique Carleton ne file pas la métaphore, elle joue avec les mots leur proposant un prolongement exhaustif afin de les installer dans une systématisation qui permet de passer d’un personnage à un autre. Elle explore, exploite, s’approprie et achève des horizons dont la simplicité font la force de son monologue puissant. Elle additionne les questions qui demeureront sans réponse et verse ainsi dans la violence du déchirement de la vie.
Dominique Carleton est née à Tunis en 1953, et vit à Paris, où, depuis 2000, elle se consacre entièrement à la littérature. Elle est l’auteur de trois romans, La mer à boire, Une bête de somme et Déposition 713705 aux Editions Léo Scheer. Elle a aussi écrit cinq fictions radiophoniques pour France Culture ainsi qu’une fiction pour France Inter. Une voix pour toutes est sa première pièce de théâtre.
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Une voix pour toutes
Dominique Carleton
Editions Théâtrales
20 rue Voltaire
93100 Montreuil
Tel : 01 56 93 36 70
http://editionstheatrales.fr
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