Un cri déterminé et juste…

L’heure n’est pas à la piété empathique et émotive, caractérisant le « Stabat Mater » médiéval, mais à une forme d’expression plus moderne qui libère une parole chargée d’émotions salvatrices. Une femme, déterminée et juste, échafaude l’édifice de son refus face aux restes mortifiés d’une société ravagée par la guerre. L’homme de guerre s’impose comme un adversaire redoutable, tant sa cruauté s’évertue à accomplir les pires exactions. Happé par cette irrémédiable machine de guerre, il manie la gâchette sans âme, s’affranchissant de toutes lois. Seule, éprouvée de douleur et dévastée par les horreurs d’un quotidien sanglant, cette femme pousse un cri vers la vie, celle de ces enfants qui plus tard, ne tarderont pas à manipuler le fusil sur un vaste champ de bataille. « Les enfants d’aujourd’hui sont les guerriers de demain telle est ma vérité elle est plus vieille que la plus vieille étoile née dans la nuit des hommes enfanter c’est continuer déjà la généalogie du meurtre… ». Chaque enfant doit prendre conscience du sang qu’il a déjà sur les mains afin d’enrayer la guerre, machine infernale pourtant propre à l’homme. Le cri de cette femme est celui de toute les femmes qui ont à l’esprit que la vie est aussi synonyme de mort et qu’il n’y a pas d’explication à cela. L’espoir est fortement ancré dans ces paroles qui retentissent comme la promesse de jours heureux.

CREATION MANUFACTURE STABAT MATER MISE EN SCENE YVES LENOIR

Un hymne à la vie éternellement sereine…

Seule en scène, une femme émotionnellement épuisée, trouve encore la force d’affirmer un refus, celui de cautionner la violence d’un monde régit par les règles universelles de la guerre. Trop de morts, trop de sang qui coule sans raisons véritables. Ereintée de fatigue, dans sa course vers l’abîme, elle explore un champ lexical cru, efficace et remarquablement poétique. Parcourant l’aire de jeu avec difficulté, enthousiasme ou espoir, elle nous tient pour témoin de ses paroles dénonciatrices. Les spectateurs debout sur une scène structurée comme pour un concert, assistent à l’interprétation d’un thème universel auquel on ne peut rester insensible. Yves Lenoir a décidé de rendre la parole du poète active, offrant aux mots les résonances lyriques d’une voix féminine en action. La mise en scène fait l’économie d’une gestuelle excessive, seule l’émotion éprouvée par la fatigue de cette femme, permet à la comédienne d’être toujours plus proche du texte et de lui restituer une vraisemblance totale qui nous bouleverse. La parole se suffit à elle même.

Le spectateur se trouve en situation d’attente, de danger imminent qui le fragilise, le questionne, l’engage physiquement dans un combat qui donne à réfléchir. Le combat, c’est celui de cette femme qui malgré sa prière (note d’espoir vouée à l’échec), se trouve prise au piège de l’infernale machine de guerre dont elle est la victime immolée, comme toutes les femmes qui ont enfanté ou enfanteront dans le sang. Son refus de la violence, elle l’affirme avec une sincérité toute exceptionnelle. « Je suis celle qui refuse de comprendre je suis celle qui ne veut pas comprendre et qui implore […] mon émotion n’est pas un chien que je promène […] mon émotion est noire et lourde elle a le poids de la hache et le tranchant du silex ». Sa parole ne relève pas du témoignage ostentatoire dont le seul dessein serait d’apitoyer son auditoire. C’est une parole de poète dont la volonté affirmée est de dégager des espaces de discussion.

Loin du « consensus mou » qui conforte la pensée unique dans la bienséance, le texte de Jean-Pierre Siméon est une invitation au voyage, à une balade musicale dont la partition est écrite avec une grande intelligence. Car la langue de Jean-Pierre Siméon est d’une grande musicalité ce qui a permis au metteur en scène d’y introduire une production acoustique qui parcoure et accompagne habilement les méandres et les ruptures du texte. Maniant un clavier et des capteurs particulièrement réceptifs, Patricia Dallio, fusionne avec la voix de la comédienne dans une harmonie ou une opposition sans cesse renouvelée.

Catriona Morrison incarne la poésie des mots qu’elle nous offre avec une sincérité et une justesse étonnante. Sans compassion, ni pudeur, elle ose affirmer ce que le texte lui dicte. C’est avec beaucoup d’élégance qu’elle passe de l’exaltation au désespoir, ne désarmant jamais lorsqu’il s’agit d’affirmer son refus d’accepter, passivement, à autant de cruauté qui lui est donnée à voir. Sa sensibilité s’immisce entre les mots dont elle maîtrise la poésie avec un remarquable talent.

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Stabat Mater Furiosa

De Jean-Pierre Siméon

Mise en scène Yves Lenoir

Avec Catriona Morrison

Création musicale, interprétation claviers et capteurs Patricia Dallio

Du 28 janvier au 15 février 2009

Du mercredi au samedi à 21h00, le dimanche à 16h00

Maison de la Poésie – grande salle

Passage Molière

157, rue Saint-Martin

75003 Paris

Métro Rambuteau – Les Halles

Réservations : 01 44 54 53 00

http://maisondelapoesieparis.com

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