Rhino… féroce !
Il faut toujours faire attention aux rhinocéros. Ils peuvent arriver sans prévenir. Pour tout bousculer. Tout renverser. Et c’est ce qui s’est passé. Ils sont arrivés. Seul. Ou accompagné. Avec une corne. Ou deux cornes. D’Asie ou d’Afrique. Ils sont là.
Dans la petite ville où il habite, Bérenger a vu un rhinocéros. Puis deux. Puis trois. Puis plusieurs. Plus le temps s’écoule, plus il y a de rhinocéros. Le mal « rhinocérique » commence à envahir la ville. N’épargnant presque personne. Daisy, pourtant si proche de Bérenger, cède à la tentation de la multitude. Elle devient rhinocéros. Seul, Bérenger, dans un dernier acte de résistance, prend sa mitraillette Sten pour combattre les rhinocéros.
Jean-Marie Sirgue, seul sur scène, a une ubiquité impressionnante de personnages. Le voici en Bérenger, là en Dudard, ici en Botard ou Papillon, là en Daisy. D’un mouvement de tête ou d’un froncement de sourcil, d’une inflexion de voix, il se transforme. Change de personnage. D’attitude. D’une nouvelle qu’il aurait pu conter, il en fait plus. Il ne la raconte pas. Il ne la vit pas. Il nous la fait vivre. Et on se laisse embarquer. Envahir. Comme frappé d’un coup de rhinocéros.
Ionesco rêvait ses pièces. Il les écrivait ensuite sous forme de nouvelles. Une fois que le sujet lui paraissait intéressant, il en faisait une pièce. Le spectacle de Jean-Marie Sirgue est basé sur la nouvelle. Il en exploite tout le suc narratif sans verser dans la narration. De chaque détour, il en extrait le contour. De chaque situation, il en fait une partition.
Résister au rhinocéros
Le décor est composé d’un lit côté jardin, d’un petit bureau côté cour et d’un frigidaire au centre. Jean-Marie Sirgue, alias Bérenger, joue du frigidaire comme d’un tableau. Il se transforme en professeur et explique mathématiquement la probabilité que le rhinocéros ait une ou deux cornes. Là, il est un résistant l’arme à la main. Ailleurs, il est tendre avec Daisy. Une autre fois, râleur avec Papillon. Puis ergotant avec Dudard. Ou discutant avec Botard.
Ionesco avait fui la Roumanie en 1938 du péril nazi. Dans cette nouvelle, il dénonce les dictatures qui ont sévi en Europe au siècle dernier en faisant de Bérenger un héros et de l’inertie, un terreau pour le totalitarisme.
Le talent de Jean-Marie Sirgue, sa présence, son jeu font de Rhinocéros un beau moment de théâtre. Le monologue est un exercice très difficile pour le comédien. Il en fait une arme, un atout, une force.
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Rhinocéros
Pièce d’Eugène Ionesco
Mise en scène et interprété par Jean-Marie Sirgue
Décors : Marie Sirgue, Roberto Cedron, Régine Chourane
Costumes : Caroline Gruer
Musique originale : Gianni Gebbia
Jusqu’au 11 avril 2009 du jeudi au samedi à 19h. Relâche les 13 et 14 mars.
Poche Montparnasse
75 boulevard Montparnasse, 75006 Paris
Réservations : 01 45 48 92 97
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