Trois clowns sortis d’une marmite…

Suivez la bonne odeur qui s’échappe du théâtre de la Girandole… Nos narines sont accueillies, une fois entrés dans la salle, par les effluves d’une polenta qui crépite sur le feu. Nous voici invités de ces quelques tables rondes, serties de jolies fleurs. Un acteur veille avec entrain au bien-être de chacun. Parfois la conversation se créée. C’est avec naturel qu’un temps nous est donné pour nous connaître. L’attention chaleureuse, avant et après spectacle, permet de lier avec ses voisins, une familiarité d’un soir.

On est invité à construire une relation de « l’ici et maintenant ». Il est alors possible, lorsque le spectateur se sent bien chez son hôte, de présenter un ami. La Girandole a conservé cette ancienne tradition d’une première partie, une forme courte d’artistes, quelque soit leur domaine.

Ce soir, on nous offre un poème comme introduction à nos futurs rires. Son titre, « Babel », fait s’affaisser les frontières et Anna Kupfer, guitare entre les mains, interprète les poètes dans leur langue d’origine. Nos gorges s’animent de sa voix qui entremêle, les chants, le fado, les mots…peu importe la compréhension, la chanteuse arrive à transmettre des sensations universelles. Et les hommes arrivent enfin à se parler.

regard

Veillée au coin du feu
Luciano Travaglino, notre maître d’illusion, revient sur le plateau avec discrétion. Après ses remerciements il, comme un exercice naturel, se lance dans un conte. Nous, spectateurs, lui faisons déjà confiance (il nous a accueilli si chaleureusement). Au fur et à mesure, l’histoire se tisse, nous retrouvons nos croyances d’enfants qui accompagnent les pérégrinations d’un paysan qui choisira d’être jongleur pour protester, aux autres villageois, de l’absolutisme du grand patron. L’univers de Dario Fo est fidèlement amené, les lieux apparaissent grâce à la seule habileté du comédien, le spectateur n’a pas besoin de plus pour donner son « accord » total.

Dès la fin de cette introduction, allégorie des propos soutenus dans la suite du spectacle, entrent alors ses deux camarades de jeu. Au rythme de leurs accordéons, s’invitent deux nouveaux clowns. Tous trois ont laissé le nez rouge distinctif en coulisse pour se farder de grands nez, leur confiant une allure de Cyrano. Ces signes ajoutés à leur costume, teintent les personnages d’une fonction burlesque, sans exagération pour que le public accepte les dérapages des clowns. S’installe alors une réelle discussion qui cède aussi la place à une profonde écoute lorsque les acteurs lisent pour nous les chroniques de Mr Léonardini.

Journaliste au sein du journal « L’Humanité », Mr Léonardini a tenu jusqu’en 2005 « Regard en coulisse ». De sa plume, il arrêtait les lecteurs, grâce à ses réflexions justes et piquantes, sur une actualité toujours en mode « grande vitesse » qui tombe si rapidement dans l’oubli.
Les interprètes arrivent à aiguiser le rire du spectateur comme outil d’un œil critique sur les propos véhiculés. Nous sommes en action dans ce spectacle, et le plat que l’on nous présente est en train de se faire, avec nous. Il est épatant de voir le public comme un comité actif, sans crainte des comédiens, leurs rires se déversent sans pudeur laissant souvent la place à un réel dialogue. On rit, cela est certain, on pense aussi. On nous sert des instants emplis d’humanité. La polenta, plat du jour, sera servie. Bien entendu, à la fin, un clown peut tomber amoureux d’une spectatrice, c’est le beau risque de se regarder.

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Regard en coulisse
De Dario Fo, Jean-Pierre Léonardini
Adaptation et mise en scène de Luciano Travaglino
Avec Patrick Dray, Félicie Fabre, Luciano Travaglino
Tous les lundis jusqu’au 30 mars à 20h30.

Théâtre de La Girandole
4, rue Edouard Vaillant, 93100 Montreuil
Réservations : 01 48 57 53 17
http://theatre.girandole.free.fr
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