Spectacle terminé

Cette question encore présente : que faire d’une parole ? Comment devient-elle théâtre ? Nos enfants nous font peur quand on les croise dans la rue veut un propos lisible de tous. Les rires, au sortir de la salle, des adolescents « réfractaires » au théâtre remerciant l’équipe de les avoir réconciliés avec cet art.

NOS ENFANTS NOUS FONT PEUR QUAND ON LES CROISE DANS LA RUE

Crédit photo Tristan JEANNE-VALÈS

Lieu de l’éphémère, dans lequel Ronan Chéneau, l’auteur, se sent « au service de quelque chose ». Son langage qu’il qualifie de « brut, divers, voire trivial » ne cesse d’annoncer, sans faux-semblants, les prises de distance d’un français, face à la peur constamment utilisée. Cette jeunesse, cloisonnée en banlieue, va ici gravir différents états, s’ignorer les uns les autres pour prendre ensuite prendre conscience de l’autre et permettre une rencontre.

Cette représentation s’élabore comme un compte rendu direct du réel, un besoin urgent de dire, de réunir des fragments de pensées, dans laquelle se tissent des fils narratifs. Chaque séquence donne l’impression de vouloir atteindre un certain paroxysme. L’écriture précède et annonce. L’auteur présent côté cour, se fait témoin, passeur d’idées, de colère. Ses feuilles sont une arme, soutenue par les dix interprètes, danseurs et acrobates qui seront comme les illustrations des lectures de l’auteur. Ils s’exprimeront dans un espace urbain, qui n’est pas clairement identifiable : on peut y voir un hall, une salle des pas perdus, lieu d’attente avant le retour contraint dans un pays d’origine.

L’espace, dont la scénographie est également du metteur en scène David Bobee, possède la qualité de laisser libre l’interprétation du spectateur. Il est un lieu du collectif au sein duquel s’organisera les échanges, les confrontations tout comme les simples déplacements quotidiens. Le mur du fond rappelle les grandes baies vitrées des immeubles urbains, il sera aussi le support de projections vidéo. Au pied de ce mur, un tapis roulant sur lequel se succède les valises mais aussi hommes et femmes tranquilles ou poursuivis.

NOS ENFANTS NOUS FONT PEUR QUAND ON LES CROISE DANS LA RUE

Crédit photo Tristan JEANNE-VALÈS

C’est au centre que se tient la rencontre…

Lors d’un séjour au Congo, l’auteur et le metteur en scène ont fait la connaissance de Dellavallet Bidiefono et son groupe de danseurs. Le groupe a ensuite rejoint la compagnie afin de participer au spectacle. Il apparaît avec évidence que le spectacle s’est construit en mouvement : l’écriture au fur et à mesure des répétitions, tout comme sa mise en lumière, sa mise en corps. Cette pratique est importante pour Ronan Chéneau et David Bobee qui travaillent au plus près du plateau.

NOS ENFANTS NOUS FONT PEUR QUAND ON LES CROISE DANS LA RUE

Le résultat en serait miroir d’un réel où le langage se prélève chez chacun, il résonne avec le rythme accéléré des villes. Tout au long du spectacle se construit une adresse directe au public, sans qu’il n’y ait véritablement de personnages : voyons-y plutôt des identités. Leurs figures permettent de souligner la dénonciation tout en utilisant diverses formes poétiques : danses, acrobaties et la seule présence des acteurs offrent des réponses volontairement ouvertes. Et puis il y a la rencontre, elle est un des fils qui s’enroule autour des paroles sur la jeunesse, l’idée de France, la peur utilisée au même titre que l’identité. La rencontre semble nous sauver du désespoir, elle transpire d’amitié.

Ce spectacle est un appel contre l’oubli, il ne peut demeurer sous une forme fixe et possède le risque d’une parole immédiate Nous en sommes des spectateurs actifs. Son adresse directe provoque une attention profonde, une invitation à la réflexion. « Le quatrième mur » a depuis longtemps disparu. Les événements ne sont pas montrés mais questionnés, la rencontre post-spectacle se teinte alors d’une nécessité…ce soir-là les âges s’y confondaient.

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Nos enfants nous font peur quand on les croise dans la rue

De Ronan Chéneau

Mise en scène de David Bobée

Avec Yohann Allex, Delavalet Bidiefono, Ella Ganga, Alexandre Leclerc, Nicolas Lourdelle, Florent Mahoukou, Bobie Mfoumou, Séverine Ragaigne, Tanguy Simmoneaux, Clarisse Texier

Mercredi, vendredi, samedi à 20h30/mardi à 19h30/dimanche à 15h

Au Théâtre 2 Gennevilliers

41, avenue des Grésillons, 92230 Gennevilliers

http://www.theatre2gennevilliers.com

Réservations: 01 41 32 26 26

Du 03 au 11 mars 2009 à la Maison des Arts de Créteil
http://www.maccreteil.com

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