Une passion du texte pour une collection qui s’impose…

La SARL Editions Théâtrales est fondée en 1988 par Jean-Pierre Engelbach. Les choix éditoriaux de cette maison se fondent sur la qualité des textes, une orientation exigeante mais passionnante, qui constitue leur marque de fabrique. La publication des textes, avant même leur création reste la principale caractéristique d’une politique éditoriale qui se propose de découvrir de nouveaux auteurs en publiant leurs derniers textes, accompagner ceux déjà éclos dans leur processus d’écriture, témoigner des nouvelles dramaturgies de l’étranger et redonner à l’écriture théâtrale son statut littéraire. Les Editions Théâtrales sont devenues une des plus importantes maisons d’éditions du théâtre contemporain, tout en diversifiant sa production avec une collection de classiques étrangers dans des traductions nouvelles, des essais sur le théâtre et une politique de coéditions tournée vers le monde de l’écriture et du théâtre.
Pierre Banos, actuellement directeur adjoint de Jean-Pierre Engelbach, nous expose ses principaux axes de travail au sein de cette maison d’édition.

Quelles sont vos fonctions aux Editions Théâtrales ?
J’ai des fonctions multiples : communication, relations publiques, travail éditorial. Je participe également à des formations, des colloques… Mon regard extérieur, aiguisé par la recherche, me permet de mener des actions de façon plus informée avec Jean-Pierre Engelbach.

Vous n’êtes donc pas un simple promoteur d’ouvrages ?
Non, contrairement à certains de mes collègues du monde de l’édition, je poursuis un travail éditorial qui se situe au plus proche de l’actualité scénique de fait, et qui privilégie un véritable rapport au texte avant tout. Nous intervenons, avec Jean-Pierre Engelbach, en amont de la création artistique d’une pièce de théâtre. C’est-à-dire, plutôt que de publier une pièce déjà représentée, nous publions des auteurs dont le texte pourra servir de support de travail aux milieux artistiques. Nous menons une véritable politique d’auteur, nous travaillons les textes avec eux, sans aucun interventionnisme. Nos suggestions se situent à la marge de la création de l’auteur. Nous tentons, par ailleurs de nous affranchir des modes en ne publiant pas au moment d’une création afin de poursuivre une véritable politique de répertoire et d’assurer ainsi la pérennité d’une œuvre. Intervenir en amont d’une création, c’est instaurer un rapport de confiance et de complicité entre l’auteur et l’éditeur. Nous fixons l’éphémère, propre au théâtre, en nous situant toujours en amont de la scène.

Peut-on dire que Les Editions Théâtrales ont une politique éditoriale atypique ?
Atypique ? Disons que nous privilégions la spécificité du genre théâtral. Notre volonté est de réintégrer les auteurs de théâtre dans le champ de la littérature. Nous avons un mode de fonctionnement lent mais à économie pérenne. 75% du fonds continue à être acheté et c’est en cela que l’on peut parler de répertoire pour faire écho à notre collection. Nous autorisons plusieurs vies à la même pièce car un texte de théâtre, tant qu’il existe, peut rencontrer un ou plusieurs créateurs qui l’exploiteront pour la scène.

Quels sont vos critères de sélection lorsque vous recevez un manuscrit ?
Nous recevons entre 4 à 500 manuscrits par an, soit par internet soit par courrier postal. Nous lisons un maximum de pièces afin d’affiner notre sélection et c’est par la langue que nous nous approprions un texte. Nous cherchons une théâtralité nouvelle, c’est-à-dire qui se situe au croisement de la littérature et de la scène. Nos critères sont totalement subjectifs, bien sûr, et il n’est pas facile de dire d’emblée qu’une œuvre résistera au temps. Mais Jean-Pierre Engelbach étant issu du monde du théâtre apporte un regard scénique sur les textes que nous recevons, et moi, venant du monde des études théâtrales et littéraires, maîtrise une approche plus techniciste du texte. Nos points de vue se révèlent être complémentaires et nous permettent de faire des choix judicieux.

Quels sont vos rapports avec l’auteur lorsque vous décidez de le publier ?
Comme je vous le disais tout à l’heure, nous ne privilégions aucun interventionnisme auprès de l’auteur et nos suggestions se situent vraiment à la marge de sa production. Nous travaillions avec lui, l’accompagnons dans la mise en forme de son texte afin de lui permettre de s’inscrire, de manière cohérente, dans l’esprit de notre collection. Par exemple, nous faisons apparaître le nom des personnages d’une pièce au début de leur réplique qui est précédée d’un tiret. C’est notre marque de fabrique. Nous gommons les didascalies s’apparentant trop à une régie de plateau afin de rendre au texte sa dimension purement littéraire et laisser ainsi plus de liberté au metteur en scène qui désirerait s’emparer de l’œuvre pour la créer. Il arrive parfois que les didascalies soient nécessaires au texte et dans ce cas le travail est différent. Il arrive aussi que des auteurs comme Noëlle Renaude, par exemple, impose à son texte, une typographie particulière. Dans ce cas, bien sûr, notre travail consiste à mieux cerner les désirs de l’auteur afin d’être au plus près de sa création.

Quel est le profil du lecteur de pièces publiées par les Editions Théâtrales ?
Nous avons trois profils différents. Tout d’abord, il y a celui du public spécialisé formé des professionnels, des gens des médias et des troupes de théâtre amateurs. Il y a, par ailleurs, la catégorie des spectateurs qui veulent garder une trace d’un spectacle qui les a séduit (4% aurait ce réflexe). Il y a enfin, le « public de l’étude » comme les lycéens et surtout les jeunes enfants de l’école élémentaire, car depuis 2002, le ministère de l’Education Nationale a publié une liste d’ouvrages (dont des publications de théâtre) que doivent acquérir les bibliothèques des écoles. Le dernier carré des lecteurs de pièces de théâtre est formé du public « fantasmé », constitué par les purs lecteurs comme le sont, par exemple, ceux de la poésie.

Amour, écoute, complicité… comment évoluent vos rapports avec les auteurs que vous publiez ?
Il y a une forme de filiation qui s’instaure d’elle même entre l’auteur et la maison d’édition. D’une part, nous suivons les différentes étapes d’élaboration de la production de l’auteur, d’autre part nous entretenons des rapports de confiance avec lui ce qui nous permet d’envisager un travail sur le long terme. Bien sûr, il existe des cas de désunion, des désaccords, et nous assistons parfois avec regret au départ de certains de nos auteurs. D’une manière générale nous entretenons de très bons rapports avec nos auteurs et c’est toujours un plaisir de travailler avec eux.

Comment vous situez-vous par rapport à l’arrivée du numérique dans le domaine de l’édition ? Pensez-vous que cela consacrera sa disparition ?
Certes, les procédés de publication évoluent et nous avec, mais de là à annoncer la mort des maisons d’éditions cela me semble invraisemblable. Notre génération, celle des années 70, a conservé le goût de l’objet livre et continuera à acheter ce type de format. En revanche, un enfant d’une huitaine d’années a un rapport à l’écran bien plus intégré qu’une grande personne. Nos procédés doivent s’adapter à ce nouveau type de support et nous y travaillons. Nous sommes entrain de numériser une cinquantaine de titres du catalogue afin de les mettre à disposition du lecteur internaute. Il faut donc réinventer les procédures de publication afin de satisfaire un lectorat en devenir tout en restant fidèle aux lecteurs traditionnels.