Une Blanche-Neige devenue femme…

Une Reine à la beauté inégalable est jalousée par sa belle-fille, Blanche-Neige, qui cherche, à tout prix, à lui ressembler. La jeune fille a trouvé une adversaire de taille et le combat s’annonce féroce. Malgré l’âge qui les distinguent, l’une a quarante et un ans et l’autre dix sept ans, la beauté constitue le trait d’union entre ces deux personnages qui s’affrontent de manière résolument féminine. Enceinte du jeune prétendant de Blanche-Neige, la Reine meurt, comme dans le conte des frères Grimm, en chaussant les escarpins de fer rougis au feu, que le roi, pour se venger de tant d’humiliations, à fait préparer pour elle. Howard Barker, l’auteur de cette pièce, utilise la structure du conte des Frères Grimm, se l’approprie à sa manière, pour créer l’histoire d’une Blanche-Neige assurément plus moderne que celle, éculée et dépassée habituellement proposée. Cette façon nouvelle de nous raconter l’histoire de ce personnage, dont la renommée n’est plus à faire, est traitée sous l’angle de la tragédie comique qui offre au public un moment de poésie exceptionnel.

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Sans équivoque, le sous-titre du Cas Blanche-Neige, (Comment le savoir vient aux jeunes filles ?), amorce la transition inéluctable de cet embryon de femelle naissante, dont la poitrine exposée aux désirs masculins, devient une proie atteignable pour tous ces mâles libidineux qui l’entourent. Cette histoire donne à voir la manière dont s’articule le passage, de l’univers candide de la jeune fille à celui, fortement sexué, de la femme qui s’offre, sans pudeur, à tous les hommes de passage. La belle-mère est une source d’inspiration intarissable pour la jeune Blanche-Neige qui effectue ses premiers pas dans la sphère phallique du monde des adultes. Le Cas Blanche-Neige n’est donc pas le réflecteur absolu du syndrome Peter Pan, mais au contraire le syndrome du « cas » Blanche-Neige, où le rite de passage d’une jeune fille installée dans le monde irréel de l’enfance, bascule dans celui, définitivement connoté, sexuellement, des adultes. Cette transition s’effectue au prix d’un duel qui oppose la jeune fille à la femme et le sacrifice de l’une au bénéfice de l’autre.

D’un désir à l’autre…
La gémellité entre Gertrude le Cri et Le Cas Blanche-Neige témoigne d’une même méchanceté mise en relief par une écriture qui permet aux personnages de s’affronter dans des dialogues tantôt direct, tantôt ironique. Howard Barker propose une réécriture contemporaine avec une dimension narrative qui transporte le spectateur d’un niveau de compréhension explicite à un autre incroyablement détourné mais dont toutes les lignes de faille convergent vers une grande scène finale. Pour Le Cas Blanche-Neige, c’est le grand bal sacrificiel auquel la reine se soustrait malgré elle. Pour l’auteur, il s’agit de partir d’une trame existante et d’y repérer un manque, pour y développer sa version, en le comblant. Dans Gertrude, il prend pour point de départ le silence de la mère d’Hamlet ; dans Le Cas Blanche-Neige il fait exister un Roi qui intrigue contre son épouse pour mieux la supprimer. Maître dans l’art des ruptures, Howard Barker fait alterner le lyrique et le dramatique dans ses dialogues, ce qui impose aux comédiens de tenir l’ensemble de l’œuvre dans un seul et même état, dans un espace scénique autonome où les échanges sont chargés de réalité.

Frédéric Maragnani confirme sa passion pour l’écriture du dramaturge anglais en réalisant une mise en scène qui rend au texte toute sa subtilité. Une allée de graviers, sépare la salle de la scène, comme pour rappeler les sentiers qui bordent les parcs. Les couleurs criardes restituent la magie niaise d’un univers enfantin, édulcoré par des images d’Epinal telles que l’on peut en trouver dans des opéras comme Hänsel et Gretel. Un univers en gestation symbolise une sorte d’Eden, de paradis innocent dans lequel le pêché est mille fois commis par la Reine qui se révèle être l’égout séminal de la cour. L’espace scénique ressemble à un vaste couloir, vif, coloré, surexposé, parcouru d’un bout à l’autre, par les personnages qui lancent leurs répliques et filent. En fond de scène, trois panneaux de bois organisent l’espace scénique de manière minimaliste et accueille au centre, une boîte, équipée d’un panneau lumineux qui annonce les séquences. Cet antre, constitue le réceptacle de toutes les robustes pénétrations que la Reine partage avec le bûcheron et plus tard à celles de Blanche-Neige qui fait son apprentissage, motivé par un désir envieux et jaloux d’égaler sa belle-mère. Côté cour, une table sur laquelle repose une corbeille contenant des pommes, permet à la Reine de s’épancher en présence de Blanche-Neige. La moquette verte, parcourus par les comédiens, met en lumière la dimension colorée de l’ensemble de la composition.

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Les costumes très stylisés, sont à la mode « soap » et mettent en valeur des corps animés par leurs pulsions dévastatrices. La Reine, hissée sur de hauts talons, longiligne, parfaitement coiffée et maquillée porte des robes fines, élégantes et colorées qui rappellent ces clichés anglais ou américains des années 50. Blanche-Neige n’a pas échappé à la couleur rouge d’une tenue qui met en valeur ses formes juvéniles. Le bûcheron et le forgeron arborent des tenues qui flattent leur virilité et mettent l’accent sur leur asservissement sexuel dévolu à la Reine. L’ensemble est séduisant et particulièrement comique, permettant d’assouplir les transitions entre les moments lyriques et tragiques de la pièce.

Les comédiens sont remarquables dans leur justesse d’interprétation et s’imposent avec détermination sur le vaste espace scénique qu’ils parcourent avec une aisance toute exceptionnelle. La Reine, à la démarche chaloupée, que rythme le balancement de ses bras, arbore un air hautain, avec un visage qui ne trahit aucunes émotions. Elle excelle dans l’alternance des moments tragiques et comiques par des jeux de voix remarquablement bien maîtrisés. Sa démarche altière lui confère une autorité naturelle qui contraste avec les timides incursions de Blanche-Neige dont la voix, douce, naïve et presque encore enfantine, la rend vulnérable. Forte, par sa nature comique, Marie-Armelle Deguy s’oppose autoritairement à Céline Milliat-Baumgartner qui effrayée mais déterminée, parcoure les méandres de sa relation complexe avec une femme fortement sexuée. Toutes deux, forment un duo étonnant de sincérité, servant le texte avec intelligence et une force dramatique particulièrement touchante. Christophe Brault est le Roi idéal pour investir toute la sensibilité et l’affectation de son personnage. Il porte la douleur d’un homme désavoué et perverti par son amour pour une femme manipulatrice. Spontanée, inattendue et fraîche, Isabelle Girardet s’amuse à subir les sautes d’humeur de Sa Majesté et apporte la dimension comique nécessaire au texte. Les autres comédiens contribuent tout autant à faire de cette pièce une représentation d’une grande qualité.

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Le Cas Blanche-Neige (Comment le savoir vient aux jeunes filles)
D’Howard Barker
Traduit de l’anglais par Cécile Menon
Mise en scène de Frédéric Maragnani
Avec Marie-Armelle Deguy, Christophe Brault, Céline Milliat-Baumgartner, Jean-Paul Dias, Isabelle Girardet, Emilien Tessier, Patricia Jeanneau, Laurent Charpentier, Jérôme Thibault.
Décor Camille Duchemin
Costumes Sophie Heurlin et Vincent Dupeyron
Lumière Eric Blosse
Création sonore Benjamin Jaussaud
Du mercredi 4 février au vendredi 20 février 2009
Du mardi au samedi à 20h00. Le dimanche à 15h00
Réservations : 01 44 85 40 40
Théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier
2 rue André Suarès, Paris 75017
http://theatre-odeon.fr
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