Un ordinaire bien peu commun…

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Les cimes enneigées de la Cordillère des Andes deviennent le théâtre d’un ordinaire peu commun. Un jet privé s’y écrase, abandonnant onze survivants à leur douloureuse réalité. Isolés du monde, cloîtrés dans les restes d’une carlingue déchiquetée, les dirigeants d’une multinationale, accompagnés de leur femme, maîtresse, secrétaire et fille sont acculés au devenir improbable d’un groupe qui s’amoindrit au fil des quarante-deux jours pendant lesquels ils affronteront un milieu hostile. Confrontés à la souffrance, à l’amour, à la peur, à la mort, au choix des gestes de survie qui s’imposent à eux comme une fatalité, le cannibalisme aura raison d’une situation inéluctablement sauvage.
La violence des faits bouleverse la frontière lisible entre civilisation et sauvagerie dans le comportement humain, donnant à voir les restes d’une microsociété, issue du monde de l’entreprise, reconstituée à la lumière d’un contexte inattendu. Les dirigeants américains d’une multinationale spécialisée dans la maison préfabriquée des années 1980, se muent en charognards, bâtisseurs d’un empire où la vie à un prix qui n’est pas monnayable, pour une fois.

Sue: On a brûlé les derniers morceaux de bois. Les prochains repas seront froids.

Un fait divers dont on se souvient encore…
S’inspirant du fait divers du crash d’un avion dans la Cordillère des Andes en 1972, Michel Vinaver nous livre une dimension mythique de l’événement dont la portée est encore particulièrement prégnante. Fortement ancrée dans la conscience collective, cette affaire dramatique nous révèle, avec une certaine acuité, la manière dont un tabou socioculturel et universel est transgressé. Les gestes de survie auxquels ont recours les protagonistes du drame éprouvent la hiérarchie institutionnelle d’une société autocratique que la nécessité absolue de survivre conduit à passer à une autre forme de société. Ce changement ne procède pas d’un coup d’état ou d’une prise de pouvoir abusive, au contraire, il ouvre la voie à la démocratie au sein d’un petit groupe d’individus mis à l’épreuve. On assiste donc à la déflagration d’un ordre social établi où les plus marginaux du groupe assument des fonctions de plus en plus vitales. Le cannibalisme engendre la démocratie au sein d’une nouvelle société que les dirigeants régulent sans aucune prise de pouvoir.
Les personnages de L’Ordinaire débutent à onze puis terminent à deux, cette « pièce en sept morceaux », faisant disparaître les survivants au fil des différents tableaux. La survie, parmi les rescapés, se déroule de manière tout à fait « ordinaire ». Malgré les évènements, ils continuent à discuter de l’attribution d’une filiale à untel et de la stratégie de vente de maisons au régime Pinochet. Les personnages pratiquent, comme le nomme Michel Vinaver, « le faire comme si ». C’est-à-dire, faire comme si le transport d’un monde connu à un autre totalement différent n’avait pas eu lieu.

Gilone Brun accompagne Michel Vinaver pour mettre en scène ce théâtre de la catastrophe. Transgressant le rapport scène-salle, un plan incliné recouvre les premiers rangs de fauteuils et dialogue avec la salle Richelieu. Une aile d’avion, un pan de terre gelé, des objets du quotidien confrontent le spectateur à une image du réel dans laquelle les regardants sont regardés et inversement. Les corps, promus à l’état de denrée, côtoient les objets du quotidien et vont à leur perte se fondant, nécrosant dans un fossé qui se creuse fatalement.
La multiplication des groupes de comédiens donne raison à la musicalité de la langue de Michel Vinaver. Une envie affirmée de vivre s’installe sur scène, les acteurs enchaînent les répliques avec toujours plus de conviction malgré un texte qui pour une durée de 2h20 sans entracte, manque de souffle.

Ecrite en 1981, L’Ordinaire entre en 2009 au répertoire de la Comédie-Française dans une mise en scène de Michel Vinaver et Gilone Brun. La pièce a été rééditée chez Actes Sud, dans la collection Babel, en 2009, avec une postface de Michel Vinaver et Evelyne Ertel.

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L’Ordinaire
Pièce en sept morceaux de Michel Vivaner
Mise en scène Michel Vinaver et Gilone Brun
Avec Sylvia Bergé, Jean-Baptiste Malartre, Elsa Lepoivre, Christian Gonon, Nicolas Lormeau, Léonie Simaga, Grégory Gadebois, Pierre-Louis Calixte, Gilles David, Priscilla Bescond, Gilles Janeyrand.

Scénographie et costumes Gilone Brun
Espace sonore Michaël Grébil
Lumières Olivier Modol
Travail Chorégraphique Opiyo Okach

Du 7 au 19 mai 2009
Représentations salle Richelieu, matinée à 14h00, soirées à 20h30,
Renseignements : 0825 10 16 80 (0,15 cts la minute)
http://www.comedie-francaise.fr

Comédie Française
2 place Colette
75001 Paris[/slider]