Un triptyque moderne et poétique…
Levant le voile sur ses confessions, illustrées d’images suggestives, une femme, divulgue, sans pudeur, les affres de son intimité. Affublé d’un chapelet de mots, d’une rare trivialité, l’homme porte sa croix sur le long chemin de la repentance. Par l’entremise d’un prosaïsme retentissant, cette femme s’abandonne à une logorrhée vindicative dont la virtualité donne corps aux écrans qui l’entourent. Parcourant les méandres du temps, elle insère ses aveux dans la spirale infernale du sexe dévoué à la passion inéluctable du corps de l’autre. L’autre c’est lui, c’est eux, ceux qui ont pénétré sa féminité, violé son intimité, volé son plaisir bafoué par toujours plus de perversité.
Ce réquisitoire, dur, répétitif voire obsessionnel est entièrement dédié aux hommes « dans ce qu’ils ont d’irrécupérable, de désastreux… », dans leur quête effrénée et compulsive focalisée sur « la sincérité du trou… ». Le membre turgescent, la cuisse galbée et maintenue en tension par le désir, affranchis de toutes limites, ils parcourent, l’âme conquérante, les vastes étendues humides dévolues au plaisir de l’immédiateté. Mais la femme est-elle un simple « lieu de passage » ? Ce questionnement raisonne comme une fatalité lorsque la femme, que l’on découvre dans ce qu’elle a de plus fragile, s’offre avec une touchante lucidité, aux coïts de ces mâles avec lesquels elle verse dans la misère sexuelle. Constituant le réceptacle de ces productions blanchâtres qui inondent son existence, elle bouscule, balaye et renvoie à leur propre réalité, les images obscènes de son parcours initiatique. L’homme, pervers et cru, se trouve pris en étau par ce témoignage qui le relègue aux confins de ses pulsions animales et de la bestialité de ses expéditions licencieuses. Le voile est levé sur l’intime d’un corps féminin qui porte les stigmates des trop nombreuses étreintes qui relèvent davantage des plaisirs narcissiques de l’onanisme que d’une jouissance partagée.
« Je ne fais pas l’amour, je rafistole… »
La mise en scène de Jacques Perdigues met en relief toutes les subtilités du texte en procédant à un rééquilibrage d’une exceptionnelle sensibilité. Plasticien de formation, il réalise un décors visuel épuré, transfigurant un espace clos qui donne à voir « l’origine du monde » dans une poésie qui fraternise avec la crudité des mots énoncés. L’installation vidéo dessine un univers féminin serein, rassurant et coloré, invitant à la confession. Femmmes avec ses 3 m, se situent à la frontière lisible des trois âges, enfance – majorité – maturité, que le metteur en scène met en images par le truchement de trois écrans télé qui retransmettent des séquences/scènes de la vie ciblées et filmées avec Bagheera Poulin, l’interprète de cette pièce. L’ensemble, d’une étonnante modernité, compose une ode à la vie sereine et salvatrice qui retentit comme un cri de liberté, de désir affirmé de s’émanciper des pulsions dévastatrices de la verge conquérante.
Seule, allongée sur un sofa, telle une odalisque enveloppée par le désir frustré d’une plénitude partagée à la hâte, Bagheera Poulin lève le voile sur son intimité. Trois écrans font écho à cette suite de mots, d’une rare trivialité, se relayant la parole par le masque d’une filiation bien établie. Les voix se rencontrent, se croisent, se chevauchent, fusionnent en un seul et même faisceau qui converge avec ceux, colorés et animés, de l’image. Au fil des âges, la vie provoque la réflexion et questionne le devenir de ces êtres vulnérables et exposés au désir pulsionnel de la braguette qui emprisonne. Trois femmes communiquent ce questionnement avec dignité et une touchante sincérité. Dans cette refonte morcelée, entre plateau et écran, du texte de Christian Rullier que nous propose Jacques Perdigues, on assiste, face à l’écran, à l’interprétation de Bagheera Poulin, filmée en direct. Sa fille, Messua Wolff apparaît sur un écran, comme un innocent feed back, un retour à l’enfance candide d’une jeune fille en devenir.
Un autre écran diffuse des images de Christiane Cohendy, lisant magistralement des bribes du texte. Sa voix grave et parfois rauque, incarne la maturité et rappelle le talent exceptionnel de cette comédienne qui sait emporter le spectateur aux confins de la création. Un prologue « tricéphale » amorce le début du spectacle en chuchotant le texte durant 15 minutes. Puis, l’ensemble se poursuit avec une reprise quelque peu répétitive de ce même texte. Basculant dans l’intimité réelle du personnage qui nous susurre ses confessions avec rythme, la suite aurait pu faire l’économie d’une diction parfois trop jouée et privilégiée davantage un découpage plus intelligible, afin de parfaire l’ensemble de la composition d’un esthétisme absolu.
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Femmmes (3)
De Christian Rullier
Mise en scène de Jacques Perdigues
Montage son et images : Paul Lakar et Ken Higelin
Installation Lumières : Jean-Sébastien Wolff
Comédiens pour la vidéo : Christiane Cohendy, Bagheera Poulin, Messua Wolff et Antoine,
Les 14, 18 et 20 février 2009 à 19h00 et 21h00
Les 17 et 19 février 2009 à 20h30
Réservations : 01 47 00 25 20
Maison des Métallos
94 rue Jean-Pierre Timbaud
75011 Paris
Métro Couronnes
http://maisondesmetallos.org
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