Du cinéma à la scène
Benoît Lavigne en signant la mise en scène de Baby Doll, a adapté l’œuvre de Tennessee Williams avec une grande réussite créant ainsi un prolongement naturel au film d’Elia Kazan. L’influence du cinéaste sur la pièce est manifeste. Le metteur en scène a su tirer partie des aspects cinématographiques du film en les utilisant à bon escient et en renforçant la justesse du propos.
Benoît Lavigne nous plonge rapidement dans une atmosphère digne de la fin des années trente sous fond de crise économique. Le Sud des Etats-Unis s’étale sous nos yeux avec ses chansons de blues et ses personnages pittoresques. On se prend à imaginer la chaleur et la poussière. Les raisins de la colère de John Steinbeck ne sont pas loin. Et à ce titre le théâtre de l’Atelier se prête fort bien à ce spectacle haut en couleurs.
Le parfum du sud des Etats-Unis…
Archie Lee, exploitant de coton en faillite, est marié à une jeune fille de dix-huit ans dont le père venait de mourir. Mais la consommation de ce mariage ne pourra avoir lieu qu’au vingtième anniversaire de Baby Doll. Son prénom renvoie à sa personnalité, celle d’une femme enfant. Mais la veille de son anniversaire, survient Silva Vaccaro, « l’étranger », le voisin et concurrent de Archie Lee. Il soupçonne ce dernier d’être le responsable de l’incendie qui a ravagé ses biens et détruit son égreneuse à coton. Ne disposant plus de matériel, Silva est contraint de s’adresser à Archie Lee qui possède la seule égreneuse de la région. Vaccaro utilisera Baby Doll pour se venger.
Le décor restitue à merveille l’atmosphère de cette pièce. A cet effet, une découpe complète de la maison de Baby Doll est représentée sur la scène. Le public a une vision de l’ensemble du rez-de-chaussée au grenier. On remarque côté jardin, une grange et un puits. Côté cour, un vieux tacot complète ce tableau empreint de la nostalgie de cette époque. Tout fonctionne bien dans ce décor où la fluidité des déplacements des personnages projette les spectateurs dans l’action. Les thèmes récurrents de l’œuvre de Tennessee Williams sont présents dans cette histoire où le désir, le sexe côtoient la manipulation et la vengeance. L’intrigue n’épargne pas les relents de racisme caractéristique du sud des Etats Unis. La présence d’un ouvrier noir en souligne le trait.
L’équilibre de la sincérité
Mélanie Thierry, interprète une Baby Doll, qui s’avère être un véritable diamant brut d’érotisme et de fragilité. Son jeu spontané nous présente une Baby Doll sur le fil du rasoir, au bord du chaos. Mélanie Thierry a su mettre en valeur cette grande naïveté et cette sensualité issue de cette belle jeunesse. Un jeu magnifique. Xavier Gallais et Chick Ortega jouent une belle partition de leur côté en donnant un caractère puissant à leurs personnages. Cette œuvre est remarquable par la solitude des personnages qu’elle exalte. Cette même solitude qui marquera Tennessee williams durant toute sa vie. Benoît Lavigne l’a retranscrit avec bonheur ainsi que sa passion de l’écrivain pour les marginaux, les inadaptés et les déshérités. Un pari réussi.
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Baby Doll
De Tennessee Williams
Adaptation: Pierre Laville
Mise en scène de Benoît Lavigne
Avec Mélanie Thierry, Xavier Gallais, Chick Ortega, Monique Chaumette et Théo Légitimus
A partir du 20 janvier
Représentations du mardi au samedi à 21h00 – Matinées : samedi à 17h30 et dimanche à 16h00
Théâtre de l’Atelier
1 place Charles Dullin -75018 Paris
http://www.theatre-atelier.com
Réservations: 01.46.06.49.24
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