Théâtralité de la philosophie

Thierry Roisin de la Comédie de Béthune, porte Montaigne sur la scène Casarès du Nouveau Théâtre de Montreuil. Il offre les récits d’un homme qui « s’effeuille » – dans une langue adaptée soigneusement au vingt-et-unième siècle, qui conserve cependant les essences délicates de l’œuvre originale. Dictés en grande partie par Montaigne, Les Essais retrouvent au théâtre leur oralité première.

Une mise en scène mobile
Comme l’a identifié Thierry Roisin, c’est le mouvement perpétuel de la pensée qui caractérise le plus évidemment l’oeuvre de Montaigne. Alors, dix-sept ans plus tôt, lui était venue l’idée de mettre en scène Les Essais sur un tapis roulant. Il rejoue sa proposition aujourd’hui, fort de sa maturité, avec un choix de textes différents.

Un comédien évolue sur ce sol mouvant, ainsi qu’en promenade, à rebours du temps qui défile sous ses pas. Sa route sera « balisée » par des objets-sujets que, depuis les coulisses et via le tapis, quatre manipulateurs invisibles proposent. C’est à la fois le lien intime qui attache la philosophie à la vie, et l’activité spontanée de l’esprit libre que le metteur en scène met ainsi en lumière.

Au fur et à mesure de ses rencontres concrètes avec les choses de la vie, le comédien traitera (ou non) les nombreux sujets qui se présentent à lui. Ainsi, le spectacle déborde de lui-même et nous rappelle l’immensité et la profondeur océane des Essais, qu’une heure vingt de théâtre ne pourrait traiter intégralement.

Crédit photo Richard Baron

Crédit photo Richard Baron

Montaigne au présent
La jeunesse de Yannick Choirat sied à l’actualité indéniable des Essais que les années ne démodent pas. Le comédien ne prétend pas interpréter Montaigne, il met sa spontanéité au service de la pensée, et joue de fait l’esprit plus qu’un personnage. Il rend le tact comme l’impétuosité du philosophe, laissant transparaître avec grâce, tant l’humour que la gravité. Entre tous les fragments, l’hommage rendu à l’ami d’exception, Etienne de La Boétie, constitue un moment d’émotion pure.

Entre une radio et des packs de couches culottes, quelques bagages, deux oiseaux, un ours, des bottes, une paire de lunettes ou une tranche de melon, statues, maquettes, il est question entre autres du temps, des enfants, de l’amitié, de la mort, du sexe, des mains aussi, de l’homme et de l’animal, de l’argent, des coutumes, des religions, de la guerre… Et la représentation devient le miroir où notre présent se lit, entre les siècles, que l’acteur traverse…

A l’avant-scène, une flûtiste côté jardin (Agnès Raina), un clarinettiste côté cour (Samuel Maitre), accompagnent ce déferlement de réflexions. D’aériennes musiques sont soufflées de plusieurs instruments, qui font naître la pensée, l’accompagnent, ou l’interrompent.

Thierry Roisin, à l’instar de Montaigne, file la métaphore de l’abeille : butinant au fil des pages, il crée un spectacle élégant et poétique, parfaitement théâtral. Le parfum de ces quelques pétales, extraites du bouquet que forment Les Essais, exhale.

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Montaigne
Texte de Montaigne
Mise en scène de Thierry Roisin
Avec Yannick Choirat
Musique : Agnès Raina (flûte), Samuel Maître (Clarinette)
Du 15 janvier au 6 février
Lundi, vendredi, samedi à 20h30/Mardi, jeudi à 19h30/Dimanche à 17h.
Au Nouveau Théâtre de Montreuil
63, rue Victor Hugo, 93100 Montreuil
http://www.nouveau-theatre-montreuil.com/
Réservations : 01 48 70 48 90
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