Une « reprise », en hommage…
Mitch Hooper rejoue Le Monte-plats du dramaturge britannique Harold Pinter : le tête-à-tête intime et corrosif de deux tueurs à gages en mission. Ben et Gus, tapis au sous-sol d’un restaurant vaguement désaffecté, attendent la livraison de leur proie et l’ordre d’exécution. Ils patientent, et dans ce présent délicat, la communication fleurit comme une tombe. Mais malgré les conditions sinistres de leur cohabitation, il sera question notamment de prendre un thé, et le ton pourra monter…
Dans un premier temps, le bruit d’une chasse d’eau vient traverser les silences que les complices nourrissent… Mais c’est le son, autrement plus grinçant, d’un absurde et métaphorique monte-plats, qui rythmera finalement l’action. Ce « monte-plats éponyme », qui n’est pas matérialisé par Hooper, est en revanche localisé à fond jardin. Presque invisible – comme l’imaginait l’auteur -, nous l’entendons descendre inopportunément jusqu’aux obscurs partenaires, à qui sont commandés des plats toujours plus raffinés…
L’insolite monte-plats vient souligner la crudité de leur situation, contribuant à faire dégénérer la croissance de la parole. Les dialogues, finement ciselés en cascades, laissent l’humour noir fleurer avec une délicatesse précieuse au genre. L’Essaïon Théâtre, aménagé dans les murs d’une ancienne cave en pierres, prête son charme souterrain à la pièce de Pinter. Deux lits individuels en fer et une chaise font un décor carcéral où les exécuteurs demeurent prisonniers de leur attente indéfinie.

Un monte-plats avec du volume
Avec Hooper, les deux caractères évoluent bien en contraste et en échanges, entre duo et duel. Alexis Victor (Ben) campe un meneur rigide, dont le sens du devoir semble émousser tous les autres, tant que ses failles n’irriguent pas son sang chaud. Anatole de Bodinat (Gus) joue un coéquipier torturé, plus manifestement affecté par leur routine hallucinante. Les comédiens sont excellents : deux marmites en ébullition, chacun « victime » de sa propre pression. Car c’est en effet la tension qui suinte des deux personnages jusque dans le prosaïsme de leurs pensées.
Harold Pinter nous a quittés au mois de décembre dernier. Un comédien nous le rappelle au moment des saluts. Son génie continue d’habiller les artistes. Ces deux-là le portent bien : la « reprise » de Mitch Hooper se présente aussi comme un hommage.
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Le Monte-Plats
D’Harold Pinter
Mise en scène de Mitch Hooper
Avec Anatole de Bodinat, Alexis Victor
Du 06 octobre au 27 avril tous les lundis à 20h
Théâtre de l’Essaïon
6, rue Pierre-au-Lard, 75004,Paris
Réservations : 01 42 78 46 42
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