Un défilé qui s’effile…
Alceste clame partout sa sincérité et son aversion pour une société dont il refuse les compromissions, l’hypocrisie ainsi que les flagorneries des courtisans qui la peuplent. Il s’inscrit en faux contre les propos convenus et superficiels des gens du monde auxquels il se heurte durant la pièce. La sagesse de Philinte l’agace, l’exubérance de Clitandre et d’Acaste le font pâlir de désespoir, la prudence d’Arsinoé l’irrite. Alceste s’affronte à tout ces protagonistes dans un élan de colère qui trahit un profond mépris pour la cupidité des personnages qu’il croise sur sa route.

Ridicule ? Non, plutôt naïf et orgueilleux, c’est lui qui a raison ; sa sincérité spontanée et brutale, ses indignations contre les vices, ses éclats en plein salon sont autant de preuves, à ses yeux, de sa bonté naturelle. Ses accès d’humeur le rendent imprévisible, et la manière dont il fait le procès de toute l’humanité met en exergue son orgueil. Mais l’atrabilaire amoureux est un grand sensible, un tendre, un passionné. Dans un monde où le mariage est soit affaire de convenance, soit affaire de bon sens et de raison, où l’amour n’est qu’un jeu de mondain réglé par l’usage, il apporte la grande passion. Son amour pour Célimène est total. Il aime résolument cette jeune femme coquette et mondaine qui incarne tout ce qu’il déteste. Elle ouvre son salon aux marquis, qui excellent dans la superficialité et la médisance. Elle apprécie les plaisirs du monde et refuse de s’en priver. Même si elle aime Alceste et lui avoue, elle ne le suit pas pour vivre loin de la société des hommes…

le-misanthrope

Un zeste de modernité…
La mise en scène du Misanthrope, signée Enrico Di Giovanni, utilise des décors et des costumes qui ne font pas, volontairement, référence au siècle de Louis XIV. Une méridienne moderne, quelques poufs et deux dessins à l’encre sur papier donne un ton résolument moderne à la pièce. Deux stylistes, Fauvette Nacto et Mahdi Hindi, ont créé des costumes que nous pourrions porter pour diverses occasions et avec lesquels les comédiens défilent sur scène. Une apparente légèreté permet aux acteurs d’enchaîner les répliques mais sans réelles convictions. L’art du simulacre n’est que suggéré et jamais vraiment exploré. Enrico Di Giovanni propose un regard contemporain sur la pièce, expliquant, de manière simpliste, que l’intemporalité des propos, des thèmes et des personnages que Le Misanthrope renferme, est un parti-pris qui a motivé ses choix. Ce postulat éculé, ne se suffit pas à lui-même surtout, lorsque pendant cinq actes, les comédiens campent des personnages dont la psychologie est saisie au premier degré.
Les trop nombreux gestes inutiles, qui témoignent d’un manque de direction d’acteurs ou d’incompréhension du texte, alourdissent douloureusement l’ensemble de la composition orchestrée par un espace sonore digne d’une médiathèque dont le fonds satisfait un public peu exigeant.

Alceste, passionné ou colérique, tente d’occuper l’espace afin de rappeler qu’il est le personnage principal. Célimène ne cesse de persuader le public qu’elle est légère mais aussi amoureuse d’Alceste. Une dualité à laquelle Acaste et Clitandre donne raison en proposant une interprétation résolument contemporaine qui s’apparente davantage à un numéro de pantomime qu’à une réelle performance d’acteur.La diction très aléatoire des comédiens, altère la qualité du vers et l’on oublie vite l’intrigue de la pièce.
Les amateurs de textiles pourront toutefois trouver une satisfaction à observer le détail de chaque costume qui affirme une modernité trop évidente.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"]
Le Misanthrope ou l’Atrabilaire Amoureux
De Molière
Mise en scène Enrico Di Giovanni, collaboration artistique Myriam Derbal

Théâtre Mouffetard (site web)
73 rue Mouffetard
75005 Paris

Réservations 01 43 31 11 99
Du 8 janvier au 21 février 2009
Du mercredi au vendredi à 20h30
Samedi à 17h00 et 21h00, dimanche à 15h00
Matinées supplémentaires les mardis 27 janvier et 3 février à 18h00

Rencontre avec les artistes à la bibliothèque Mouffetard
Le samedi 31 janvier à 15h00

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