« Mon mari me trompe !!! »
« Mon mari me trompe !!! » s’exclame Raymonde Chandebise en s’adressant à son amie d’enfance, Lucienne Homenidès de Histangua. Lucienne sollicite la complicité de Raymonde pour tendre un piège à son époux volage dont les bretelles ont été expédiées par colis en provenance de l’Hôtel du Minet Galant à Montretout. Comme son nom l’indique, ce « n’est pas une pension de famille » mais un lieu tenu secret des maris en quête d’aventures. Tout cela lui met la puce à l’oreille. Elle décide donc d’envoyer un billet brûlant et anonyme, rédigé de la main de Lucienne Homenidès de Histangua, proposant un rendez-vous, à Montretout, à Victor-Emmanuel. Ce dernier, momentanément indisposé pour satisfaire les désirs de son épouse, ne pense pas être le destinataire de cette lettre et persuade Tournel, son ami secrètement amoureux de Raymonde, d’y aller à sa place. De son côté, Raymonde y envoie son amie Lucienne dont le mari, Carlos Homenidès de Histangua, est maladivement jaloux. Mais c’est à l’hôtel du Minet Galant, que se sont donnés rendez-vous, Camille (victime d’un vice de prononciation) et Antoinette, le femme de chambre. Les tenanciers de cet établissement, les Ferraillons, utilisent un alibi remarquable pour les couples pris en flagrant délit. Mais, trop de couples se rendent à Montretout pour y demander la même chambre à l’hôtel dont la réputation n’est plus à faire. Dès lors, c’est la confusion totale…
D’une pulsion à l’autre…
C’est bien d’un vaudeville dont il s’agit, avec des personnages dont la logique décalée donne à la pièce une dimension assurément comique. Certes, cet intérieur bourgeois, lieu de prédilection de la plupart des vaudevilles du XIXe siècle, se fait l’écho des mœurs d’une société à un moment donné, mais ne propose pas pour autant un portrait psychologique des personnages qui l’occupent.
C’est donc tout à l’honneur de Paul Golub, d’avoir tenté une analyse fine de l’œuvre de Georges Feydeau, La Puce à l’oreille, en signant une mise en scène qui met à nu les pulsions les plus intimes des personnages que l’on rencontre tout au long de la pièce. En effet, le metteur en scène affirme que Feydeau aborde des thèmes fondamentaux dans sa pièce, « déclinés succinctement par une panoplie de comportements ou de situations sexuelles, allant de l’impuissance de Mr Chandebise au sadisme jouissif de Ferraillon, le tenancier du Minet Galant ». Un parti-pris intéressant accordé à une pièce trop souvent envisagée sur le mode grotesque du mauvais théâtre de boulevard, mais qui confine le jeu des comédiens dans une retenue excessive, donnant à entendre un texte qui perd de sa valeur comique et de sa légèreté. Ainsi, la mise en scène, qui se réclame d’une réelle réflexion « psychologisante » altérant le rythme que nécessite la construction du texte, impose une dualité entre un refus implicite de proposer une galerie de portraits aux allures caricaturales et une démonstration exemplaire de ce que peut être le mauvais goût d’une mise en espace qui relève plus d’un numéro de clown que d’un réel jeu d’acteurs embrigadés dans le rythme infernal d’un vaudeville traité avec intelligence.On assiste, de fait, à une suite d’images séquentielles dont l’iconographie relève du story board d’agence publicitaire. Les amateurs de bande-dessinée y trouveront un contenu lisible et confortable. Un regard sans doute trop hollywoodien, dessert la pièce ainsi que son contenu.
Pour cette pièce, Paul Golub a fait le choix d’une distribution de qualité dont le potentiel comique est exploité de manière regrettablement ridicule. La scène 1 de l’acte I, impose une ambiance paisible se situant à l’opposé de ce qui va suivre. Ce crescendo ne révèle aucune musicalité, au contraire il enferme le jeu des acteurs dans une retenue qui semble mal vécue. Il faut attendre l’arrivée de tous les couples à l’hôtel du Minet Galant pour assister à une interprétation tonitruante qui bascule, malheureusement, dans le grotesque et le vulgaire. Trop de silences ou de trop de bruit, c’est à s’y perdre… David Ayala joue un Mr Chandebise trop angoissé pour y croire et Emeline Bayart, son épouse dans la pièce, serait plus à l’aise dans le rôle d’Yvonne princesse de Bourgogne que dans celui de Raymonde Chandebise. Sébastien Bravard s’en sort admirablement bien dans son interprétation qui réussie parfois à s’émanciper du cadre donné dans lequel on l’a confinée. Le regard pétillant de Stéphanie Pasquet (Lucienne Homenidès de Histangua) accompagne un jeu intelligent et généreux. La voix rauque de Philippe Bérodot (Carlos Homenidès de Histangua) donne encore plus de chaleur à son personnage au tempérament de feu. Carolina Pecheny-Durozier est tout simplement excellente dans le rôle d’Eugénie. Le décor, simple et pratique, permet d’enchaîner les scènes avec facilité et semble s’adapter aisément à tout type de théâtre. Les costumes permettent aux comédiens d’affirmer une certaine élégance ou au contraire, une totale singularité.
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La Puce à l’Oreille
De Georges Feydeau
Mis en scène par Paul Golub
Avec David Ayala, Philippe Bérodot, Emeline Bayart, Brigitte Boucher, Sébastien Bravard, Jean-Yves Duparc, Martial Jacques, Marc Jeancourt, Brontis Jodorowsky, Valérie Moinet, Stéphanie Pasquet, Carolina Pecheny-Durozier, Rainer Sievert, Stanislas de la Tousche.
Du jeudi 15 janvier au samedi 7 février 2009
Matinées exceptionnelles : dimanche 25 janvier à 16h00 et samedi 7 février à 15h00
Location : 01 53 05 19 19
www.athenee-theatre.com
Plein tarif : de 30 à 13 euros
Tarif réduit : de 24 à 11 euros
Théâtre de l’Athénée Louis Jouvet
Square de l’Opéra Louis Jouvet – 7 rue Boudreau
75009 Paris
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