Une maisonnée hantée
La troupe de l’Épée de Bois joue La Maison de Bernarda Alba, dernier drame de Federico García Lorca. Le spectacle fut créé par Antonio Díaz-Florián au Théâtre de l’Espada de Madera à Madrid en novembre 2001. Les huit comédiennes tendent le drame dans un concours d’énergies rayonnantes.
Fléau dans le nid des vipères
À la mort de son second mari, Bernarda, soumise aux traditions, veut contraindre ses filles à respecter le deuil pendant neuf ans. Mais c’est un autre fantôme que celui du père défunt qui vient hanter les jeunes cœurs séquestrés : Pepe el Romano a demandé l’aînée des soeurs en mariage. Les passions propagent leurs fièvres dans l’obscur couvent, et les maudites vierges se déchirent dans la prison du deuil.
Trois chandeliers disposés à l’avant-scène font trois sapins de lumière miniatures, dont l’éclairage projette l’ombre des ménines sur le grand mur en pierre de la salle I. Une rampe montée de quelques ampoules discrètes domine l’espace scénique juché sur une plate-forme. Au sol, un tapis épais. Au fond, une jalousie isole le plateau de la chaleur du monde. La salle entière devient une chambre mortuaire, et la scène un lit de mort de l’amour. Dans cet espace austère, pour toutes musiques, les sons s’échappent, délicats, d’un grelot ou d’une cloche, et parfois, les voix suppliantes entonnent des prières.
Monstruosité et poésie
Sur un tapis, les comédiennes se meuvent à genoux, emmitouflées dans leurs larges robes noires. L’illusion visuelle est frappante : la maison de Bernarda apparaît comme un repaire de naines sorcières aux visages grimés comme des lunes, dont les expressions de clowns éclairent les silhouettes obscures et les comportements bestiaux. L’absence de sensualité contribue à faire sentir la (f)rigidité de l’ordre autoritaire imposé par la mère geôlière. C’est une maladie – peut-être un franquisme – qui est contenue dans ces cœurs comprimés par des amas épais de tissus.
Antonio Díaz-Florián raconte la torture des âmes par l’altération des corps grouillant de frustrations, et c’est un cauchemar attachant qu’il crée, inspiré par les Meninas de Velásquez et les Nains et Naines de Goya. Loin de discriminer ces êtres, le metteur en scène prête leur dimension surnaturelle et inquiétante à la féminitude conditionnée par la religion des hommes impérieux. L’humanité récessive de ces femmes vient poindre dans la révolte et la résistance ; de la monstruosité, ainsi, (re)naît la poésie.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"]
La Maison de Bernarda Alba
De Federico Garcia Lorca
Mise en scène de Antonio Diaz-Florian
Avec Elsa Casado, Emmanuelle Cousin, Graziella Lacagnina, Dolores Lago, Maïna Madec, Noëlie Morizot, Viviane Raymond, Audrey Sauvage
Du 28 janvier au 15 février 2009
Du mercredi au samedi à 21h/Dimanche à 16h
Au Théâtre de l’Epée de Bois
Cartoucherie – Route du Champ de Manœuvre, 75012 Paris
http://epeedebois.com
Réservation : 01 48 08 39 74
[/slider]












Pas de commentaire pour l'instant