Une tragi-comédie retentissante…
La Célestine est une tragi-comédie espagnole de la fin du XVe siècle, portant le nom du personnage principal. Le Célestine est une entremetteuse âgée que le vice caractérise. A moitié sorcière, elle s’accommode volontiers d’une dévotion ostentatoire pour commettre ses intrigues et méfaits. Elle hante les églises et les couvents afin de trouver une proie facilement manipulable pour donner raison à ses projets subversifs. Calixte, beau gentilhomme, s’éprend de la jeune et noble Mélibée. Il s’adresse à la Célestine afin que cette dernière use de ses ruses les plus infernales pour que Calixte puisse réaliser son dessein. Les deux valets du séducteur, ne pouvant obtenir de la Célestine une part de la récompense que Calixte lui a donnée, la tuent. Ils sont pris par la justice et pendus. Pendant que des courtisanes font attaquer les gens de Calixte, ce dernier se rend chez Mélibée, escalade un mur et se tue. Devant ce spectacle de désolation qui met un terme fatal à son amour pour le jeune homme, Mélibée avoue sa faute à son père et se précipite en haut d’une tour.
Ce roman en 21 actes, rédigé en prose, est l’unique œuvre de Fernando de Rojas et surprend par la liberté et la modernité de ses situations. La fable est peu de choses, tout le mérite de l’ouvrage est dans les caractères et les détails qui sont pleins de force, de vérité et de charme. Ce n’est pas un texte écrit pour le théâtre, mais tous les dialogues qui le constituent sont accompagnés de nombreux apartés, ce qui permet aisément d’en théâtraliser la narration. Sexe, violence et argent constituent les maîtres-mots de cette spirale infernale d’évènements et d’émotions qui n’autorise aucun répit jusqu’à la mort. Tous les personnages de cette pièce sont animés par cette soif de profit et de sexe qui motive et active leurs relations, quelque soit leur place dans la hiérarchie sociale. Mais le thème de l’amour vénal est l’arbre qui cache la forêt, il n’est qu’un prétexte pour dire tout le reste et poser les jalons de cette problématique sans cesse renouvelée : comment les hommes s’aiment-ils ? A cette question essentielle, s’ajoute celle de la dimension religieuse de la pièce dont on ne peut faire l’économie. Toute forme de désir ne peut se réaliser que dans la ruse et les stratagèmes. La Célestine, placée au bord de la ville, n’appartient à aucun milieu social et pourtant les absorbe tous. Elle maîtrise l’art de la sociabilité et ses tours de passe-passe mettent à l’épreuve tout repère et anéantissent la morale.
Du rythme et de la justesse….
Pour cette œuvre remarquable de modernité, Christian Esnay signe une mise en scène caractérisée par un dynamisme et un rythme étonnants. Les répliques s’enchaînent avec toujours plus de théâtralité, balayant toute forme d’interprétation convenue et faisant l’éloge du plaisir de cette intrigue charnelle et truculente. Un tourbillon d’énergie, dégagé par les comédiens, porte le texte en gloire et crée un rythme soutenu durant toute la pièce. Christian Esnay s’est offert le luxe de permettre aux comédiens toute forme de fantaisies qui peuvent surprendre, certes, mais qui ne se révèlent jamais être en décalage par rapport à l’ensemble de la composition, tant les acteurs jouent la carte de la sincérité et du plaisir dans l’interprétation de leur personnage. Ainsi, pour exacerber ce tourbillon d’évènements et d’émotions qu’encouragent le texte, les comédiens jouent tour à tour tous les rôles principaux, s’échangeant, sur scène, les perruques et les costumes. Six comédiennes jouent Célestine et Mélibée, quatre comédiens jouent Calixte et les deux valets principaux, permettant de mettre l’accent sur les caractères et les détails des personnages qui font cette œuvre. C’est aussi un moyen, pour les acteurs, de s’approprier les caractéristiques de cette galerie de portraits qu’offre la pièce et de maintenir un rythme soutenu tout au long de la représentation. Chaque comédien se passe le relais, donnant ainsi à voir les différentes facettes des personnages qui adaptent leur discours en fonction de leur interlocuteur.
L’aire de jeu est entourée d’un décor mobile qui permet, au fil des scènes, de réinventer les lieux ou de les transformer. On passe ainsi, de l’extérieur à l’intérieur grâce à de grands panneaux mobiles, éclairés par une lumière qui permet de les identifier aisément. Les costumes, assurément modernes et suscitant la stupéfaction, permettent aux comédiens une aisance corporelle toute particulière, propice à leurs fantaisies et libertés de langage.
Les comédiens qui interprètent brillamment cette pièce de 2h45, font partie de l’Ecole Régionale d’Acteurs de Cannes et proposent un travail d’une grande qualité sous la direction de Christian Esnay. Une diction irréprochable, une aisance corporelle qui leur permet d’assumer n’importe quelle fantaisie et une intelligence du texte font de ces trublions, une troupe d’interprètes attachants et très séduisants. Leur jeu est caractérisé par la sincérité, le plaisir et l’amusement, ce qui permet de partager avec le public, de réels moments de complicité.Cette folle aventure est à voir absolument car la qualité, sans prétention, de ce spectacle, est le fait d’une troupe de comédiens qui joue avec le cœur.
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La Célestine
De Fernando de Rojas
Du 20 janvier au 1er février 2009
Du mardi au vendredi à 20h30, dimanche à 16h00
Mise en scène Christian Esnay
Dramaturgie Bruno Tackels
Costumes Rose-Marie D’Orros
Lumière Pierre Leblanc
Avec l’ensemble 17 de l’ERAC, Claire Calvi, Marie de Basquiat, Pauline Dubreuil, Samir El Karoui, Pauline Méreuze, Maxime Mikolajczask, Charlotte Ramond, Loïc Samar, Chloé Schmutz, Max Vanseveren,
Théâtre de l’Aquarium
La Cartoucherie
Route du Champ de Manœuvre
75012 Paris
Tarif unique: 10 euros
Réservations : 01 43 74 99 61
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