Une Célestine charismatique et piquante
C’est sous couvert d’anonymat que Fernando de Rojas créa la Célestine à l’aube du XVIème
siècle. Le succès de son œuvre l’amena à la revendiquer totalement. Cette tragi-comédie mise en scène par Henri et Frédérique Lazarini (père et fille) au Vingtième Théâtre nous présente une pièce originale où l’auteur nous restitue les problématiques de son temps dont il est le témoin. Ces interrogations qui touchent les domaines, tant politique et social qu’éthique, révèlent des représentations issues de l’inconscient collectif (la prostituée mythique, la vierge sacrifiée, le traître…). Mais l’intérêt majeur de cette intrigue réside dans le rôle de la Célestine dont le charisme et le piquant apportent une dimension savoureuse à cette pièce.
La Célestine est le nom d’une « vieille putain » qui vit dans les bas-fonds de Tolède dans l’Espagne du XVIème siècle. Elle joue les entremetteuses, séparant les uns, unissant les autres et entendant son influence sur toute la ville. Elle vit avec deux jeunes prostituées Areusa et Elicia. Elles entretiennent une relation avec les valets (Sempronio et Parmeno) de Calixte. Ce dernier, tombé fou amoureux de Mélibée, voit ses avances repoussées. Il demande conseil à son valet Sampronio qui l’envoie vers une vieille sorcière du nom de la Célestine. Celle-ci favorisera les amours de ces jeunes gens et une passion interdite naîtra.
La maman et la putain…
Cette histoire met en lumière les ambitions et les jalousies des uns et des autres et chacun tâche d’en tirer des bénéfices. Animée par des dialogues comiques, cette pièce tranche avec les tragédies classiques en lui conférant un caractère unique en son genre. Chacun connaîtra un destin tragique. La scénographie utilise un rétroprojecteur qui projette le décor sur un fond blanc. Sur la scène, figure une estrade appuyée à un mur. Ce décor minimaliste se révèle d’une rare efficacité.
Les personnages sont bien marqués. Ainsi la Célestine, ses « protégées » et les deux serviteurs retors monopolisent l’intérêt des spectateurs. La Célestine est le personnage central, qui étend son influence sur la ville. Sa disparition précipitera la fin des autres protagonistes. La coloration comique de la pièce provient du langage utilisé par ces personnages dans des situations tragiques. Langage de rue pour les valets et expressions colorées pour la Célestine qui alterne l’arabe et le français dans un même propos. La présence musicale, accompagnée de chants et de danse, achève de compléter un spectacle complet et enlevé.

Les comédiens ont un jeu plein de naturel. La comédienne d’origine algérienne Biyouna m’a fait forte impression par sa présence sur scène et son jeu tout en finesse. Rona Hartner dispose, pour sa part d’une fraîcheur naturelle étonnante. Cette satire des mœurs tient compte des bouleversements de l’époque où la fatalité du changement est synonyme de survie. La Célestine est devenue experte en la matière. Loin des valeurs moralisantes de son temps, cette pièce fait appel à des ressorts psychologiques où la Célestine exhibe une image duale et troublante de la mère et de la « putain ». Au sortir de ce spectacle, je ne pus m’empêcher d’associer la Célestine au mot « céleste ». La puissance divine sur le genre humain. C’est pourquoi par le passé, la Célestine fut interprétée par un homme afin de transcrire toute la virilité du personnage. Quel beau spectacle !
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La Célestine
De Fernando de Rojas
Mise en scène de Frédérique Lazarini et Henri Lazarini
Avec Biyouna, Céline Caussimon, Rona Hartner, Luis Rego
Du 14 janvier au 01 mars
Du mercredi au samedi à 19h30. Dimanche à 15H00
Au Vingtième Théâtre
7, rue des Plâtrières, 75020 Paris
http://www.vingtiemetheatre.com/
Réservations : 01 43 66 01 13
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