Chronique d’un amour impossible…
Une sale histoire, d’après la nouvelle de Dostoïevski La douce, est actuellement à l’affiche du théâtre Lucernaire. Cette pièce retrace avec force le destin tragique d’un ancien militaire dans la force de l’âge qui s’unit avec une jeune adolescente de seize ans. La pièce, fidèle à l’œuvre, témoigne du style romanesque caractéristique de l’univers de Dostoïevski. Mise en scène par Elizabeth Marie, ce récit repose sur le monologue de cet homme dans sa quête d’un amour fou qu’il a rendu lui-même impossible à atteindre. Il imposera à sa bien-aimée une vie tellement insupportable qu’elle se suicidera en se défenestrant.
Un tapis rouge et une chaise en guise de décors habillent une scène dont le sol est jonché d’éclats de verre. Coté jardin, le musicien Cyril Atala assis à une table de régie intervient par des morceaux de musique désincarnés pendant les brèves pauses que fait le personnage dans sa narration.
Ce personnage, militaire de carrière chassé de l’armée pour avoir refusé un duel, est devenu usurier. Son mariage arrangé avec une jeune fille, qui connaissait les affres d’une vie misérable le conduit sur le chemin de la générosité.
La pièce commence par le suicide de sa femme. L’homme est assis sur ce tapis rouge sang. Dès le début, nous sommes plongés dans l’univers fantastique de Dostoïevski où cet homme se raconte alors que sa femme repose dans une pièce voisine. Il essaye de comprendre. Il soliloque, il invective. Tantôt son monologue s’adresse au musicien, tantôt au public. Il essaye de convaincre son auditoire du bien-fondé de sa conduite. Après tout, il a agi en homme de bien en évitant à cette jeune fille une vie indigente. Il lui a permis de s’élever socialement. En refusant l’amour qui s’imposait à lui, il s’est livré avec perversité à des humiliations rituelles à l’encontre de son épouse.
Aux éclats de voix du personnage répondent des notes de musique discordantes qui soulignent cette mort programmée. Il sera fasciné par cet amour qu’il lui porte et elle deviendra alors son icône. Dans un geste désespéré de révolte, elle choisira d’en finir avec cette triste vie.
J’ai été très sensible à cette mise en scène sobre qui met en valeur le personnage de cette pièce. La bande son complète avec efficacité le jeu du comédien par l’intrusion de bribes de conversation qui laissent au public le soin d’imaginer et de visualiser les scènes décrites par le personnage. Cet apport est essentiel car il renforce l’aspect extravagant du spectacle. Seule ombre au tableau, les temps de pauses pris par le personnage quittant la scène et laissant le public dans une attente interminable.
Le comédien Marc-Henri Boisse a un jeu plein de naturel et d’énergie. Il parvient à mettre en lumière avec brio les justifications d’un personnage qui alterne défi et séduction face à un auditoire imaginaire.
J’ai beaucoup apprécié l’adaptation de cette nouvelle et la performance de Marc-Henri Boisse qui met à l’honneur un monologue tragique. C’est un pari osé et réussi par Elizabeth Marie qui su tirer partie de la densité d’un personnage aux multiples facettes en créant une atmosphère intimiste propre à nous plonger au cœur des méandres de l’esprit humain.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"]
Une sale histoire
De Fédor Dostoïevski
Mise en scène d’Elizabeth Marie
Avec Marc-Henri Boisse
Au Théâtre du Lucernaire jusqu’au 03 janvier 2009 (site web de la pièce)
53, rue Notre Dame des Champs, 75006, Paris
Du mardi au samedi à 21h
Réservations : 01 45 44 57 34
[/slider]












Pas de commentaire pour l'instant