La mort à la fin du voyage…

Marie, une enfant à l’imagination débordante, nettoie ses chaussures, qui font un joli bruit quand elle marche. Elle inonde sa mère de questions, telle une jeune fille curieuse de tout. Sa mère, docile, consent à lui répondre, puis l’envoie à l’école. Sur le chemin Marie fait des rencontres, puis s’échappe dans ses rêveries. Elle veut devenir exploratrice, découvrir le monde entier, écrire le roman des aventures de son héroïne Mary Simpson et marcher jusqu’à « la terre de feu ». Mais Marie grandit sans parents. Seule, elle va mourir de chagrin.
Puis tout commence : Marie est une adolescente révoltée qui veut tant hurler au monde sa douleur et son indignation devant l’injustice qu’elle en mourra. Marie, alors, est une adulte résignée qui gagne sa vie en dormant. Oui, le monde adulte de Marie est absurde, mortellement absurde. Au final, Marie est seule sur sa barque, partie en exploration, à la découverte, si ce n’est d’un nouveau monde, de qui elle est.
Mourra t-elle de solitude ?

Les quatre mortsUne mort initiatique…
La pièce de Carole Fréchette se présente en quatre tableaux ; les quatre morts de Marie. Nous découvrons ainsi quatre étapes, quatre moments de la vie de Marie. Quatre espace-temps complètement différents, dans des styles d’écriture qui nous vont voyager de Marie enfant survoltée, qui rêve découvrir de nouveaux mondes, jurant qu’elle ne moura jamais, sorte d’Alice cherchant son lapin blanc, à Marie devenue adolescente qui hurle, manifeste, se rebelle, à la manière d’un « Quai ouest » de Koltès. Apparaît ensuite une Marie qui invite ses amis à manger des cœurs de petits mammifères, nous plongeant dans une atmosphère digne du « Mariage » de Gombrowicz. Enfin, Marie assise dans une cuvette figurant une barque, affrontant la mer devenant enfin le Christophe Colomb dont elle raconte les histoires depuis toujours. La boucle est-elle bouclée ? Christophe Colomb se sentait-il, lui aussi, si seul ?
Chacun se fera sa propre opinion, le texte nous abandonne sur cette rêverie… La compagnie du Vélo Volé n’hésite pas à aborder un texte difficile. La mise en scène de François Va Han représente simplement chaque tableau, leur apportant une ambiance singulière.

Le jeu des acteurs est virevoltant, joyeux, énergique, débordant, nous transportant avec passion dans leurs aventures. Céline Jorrion campe une Marie très touchante, son jeu de l’enfant est convaincant dans l’hyperactivité, la curiosité, mais il manque quelques fois le calme nécessaire pour nous faire entendre la poésie du texte. D’une manière générale, c’est le reproche que l’on peut faire à toute cette belle équipe : un peu trop de passion et de verve qui par moment inonde le spectateur. Néanmoins, quel plaisir de voir autant d’engagement et comment être sévère lorsque le défaut naît du désir de bien faire…?

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"]Les Quatre morts de Marie
Auteur: Carole Fréchette
Mise en scène: François Ha Van
Avec: Cécile Leterme , Emilie Caillon , Fabrice Leroux , Guillaume Tagnati , Céline Jorrion , Sylvain Savard , Julie Quesnay , Bertrand Usclat , Rafaël Reves , Jean-Louis Cassarino

Théâtre du Lucernaire (site web de la pièce)
53, rue Notre Dame des Champs, 75996, Paris
Réservations : 01 45 44 57 34
Du mardi au samedi à 21h30
Du 5 novembre 2008 au 10 janvier 2009[/slider]